La Maison Biya ou le leurre du poker menteur

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Les déclarations
du Général camerounais Asso’o Emane Benoît dans
le “Nouvel Afrique” numéro 159 du 08 Septembre 2005 sur la
tribalisation du crime économique au Cameroun et la nécessaire
immunité juridictionnelle de tout criminel apparenté à
la Maison Biya sont révélatrices d’une réalité
politique au Cameroun : le fait du prince.

Oh !
Nous savons tous – Hélas – que Paul Biya est un féru
lecteur du « Prince de Machiavel » ; sauf
que ce petit traité de philosophie politique date (1513) de la
Renaissance italienne et que nous vivons au XXIeme Siècle.

La
société camerounaise de ce début de millénaire
ne présente – et n’a jamais présenté – de
similitudes avec ses homologues florentines, romaines ou vénitiennes
du XVeme Siècle ou même actuelles.

Cependant, les structures sociales au Cameroun ont profondément
régressé pendant les vingt années de pouvoir de
Paul Biya. Le principal artisan de cette régression, c’est
Paul Biya lui-même. Il est en ce sens le digne héritier
des régimes totalitaires que le monde a connu au travers des
siècles.

Même
si de tous cotés, sur la scène mondiale, on se
débarrasse à la légère des régimes
totalitaires en se disant qu’il ne restera que des démocraties
en cours d’achèvement, en ce qui concerne le Cameroun,
quiconque est attentif à la situation du pays, a bien sûr
appris à connaître l’imposture et le cynisme du sens
« démocratie en cours d’achèvement »,
car disons-le, dans notre cas, c’est un leurre, en réalité
l’amorce d’une démocratie n’a jamais eu lieu au
Cameroun.

Pourquoi
la démocratie est un leurre au Cameroun ?

Le
leurre est invariablement une des caractéristiques qui a
permis au régime biyaiste d’acquérir et de maintenir
son audience sur la scène mondiale en lui fournissant des
compagnons de route dans certain pays et dans toutes les classes
sociales.

Il est commun dans l’opinion publique de présenter les
biyaistes comme de simples demeurés et de réduire
l’activité présidentielle au niveau banal d’une
inertie chronique qui ne vaut même pas la peine d’être
discutée. En conséquence, le citoyen lamda ne se rend
même pas compte qu’il se trouve transporté au cœur
même d’une partie de poker menteur.

C’est
pourquoi, le leurre dans le régime totalitaire est l’une des
plus importantes manipulations politiques de notre époque.
Lutter contre ce leurre représente le devoir le plus vital des
démocraties car sa persistance signe et entérine les
périls à venir.

En d’autres termes, le régime totalitaire de Biya n’a
jamais été une simple question autochtone : il a
fonctionné dés le départ avec l’ensemble des
populations allogènes représentatives du Cameroun ;
ni ne s’est voulu une simple question de nationalisme extrémiste :
il a trop besoin des appuis étrangers pour survivre.

Aussi,
c’est avec cette partie de poker menteur que le chemin de la
domination absolue passe par de nombreuses étapes
intermédiaires, relativement normales et tout à fait
intelligibles : tous les aspects du gouvernement totalitaire de
Paul Biya – aussi hideux et criminel soient-ils – partagent un
point commun avec tous les régimes totalitaires passés
et présents : le totalitarisme est profitable, à
titre personnel, à la famille Biya comme un cambriolage
ordinaire profite à son auteur.

Un système mis à nu

Les mobiles sont clairs et les moyens de parvenir à son but
sont utilitaires.

C’est
à la lumière de cette explication que l’on peut mieux
comprendre pourquoi Paul Biya en personne a permis que le Cameroun se
transforme en cris de souffrance, et ce avec une froideur jamais
égalée et sans se laisser distraire par la moindre
sentimentalité nationale, ni par le moindre scrupule
humanitaire pour le bien être de son peuple.

Le
système Paul Biya repose sur la mise au pilori des tendances
nihilistes mais aussi sur un endoctrinement, subtil dosage d’espoir
et de peur, du style : « Paul Biya ou le chaos »
avec d’innombrables variantes qui prédisent de désastreux
cataclysmes en cas d’alternance. Cependant, ce qui demeure
troublant dans le Cameroun de Biya, c’est le fait que les
institutions de la République n’ont pu contenir, ni
canaliser les ravages de sa politique. Tout laisse à penser
que leur rôle s’est borné à maintenir la
machine à terreur et à travers elle, comme leur
résistance est nulle, provoquer une destruction totale des
forces vives de la Nation.

Si
il n’est pas faux de considérer la tendance purement
destructrice d’un Président fascisant comme l’une des plus
actives du mouvement, il serait dangereusement trompeur d’interpréter
ses impulsions destructrices comme le paroxysme de la pression des
organisations ou institutions mondiales dirigée contre son
mouvement en tant que tel. Si il est fort probable que Paul Biya et
ses semblables ont pu spéculer sur l’appauvrissement de la
majeure partie de la population camerounaise, fidèle en ce
sens à l’adage « Ventre affamé n’a point
d’oreilles », si ils ont surtout laisser à la
puissance tutélaire – la France – la responsabilité
de gérer la faillite économique qu’est le Cameroun –
les banques françaises représentent 70 % de l’activité
bancaire au Cameroun – ; ils n’ont jamais certainement
souhaité liquider le système biyaiste mis en place.

En
clair, les biyaistes ont offert le Cameroun en sacrifice pour la
pérennisation de la Maison Biya, sauf que la question qui se
pose et demeure en suspend est de savoir si ce sacrifice sera payant.

Toutes
les discussions et conflits entre les différents corps d’Etat,
entre les modernistes autoproclamés du Rassemblement
Démocratique du Peuple Camerounais (RDPC) et son
« Politburo », entre les représentants
des dignitaires régionaux ou locaux, les soit disant élites
dirigeantes et les bureaucrates qui gouvernent réellement le
Cameroun, n’impliquent rien d’autres que ce sacrifice qui est une
nécessité évidemment vitale pour Paul Biya
lui-même.

C’est
ainsi que deux années après sa nomination, le 6 Avril
1984, Paul Biya a utilisé la machinerie de la terreur pour, à
l’aide de cet instrument de propagande extrêmement efficace,
appliquer sa doctrine selon laquelle le droit est ce qui est utile –
et non ce qui est juste – ; à partir de ce moment il va
se servir du bouc émissaire pour toutes ses démonstrations
pratiques.

Depuis
cette période, en effet Paul Biya devenu maître dans
l’art de l’utilisation de l’espoir et de la peur, de la carotte
et du bâton, dessine le destin des uns et des autres: aux uns,
le Pinacle en récompense de leurs nombreux sacrifices au Grand
Maître ; aux autres, boucs émissaires, vrais faux
coupables devenus inutiles sur l’échiquier de la Maison
Biya, l’enfer de la géhenne.

En
agissant de la sorte, la famille Biya affiche que son objectif ultime
ne réside pas seulement dans une ambition affichée de
confisquer à vie un pouvoir global, mais également dans
une tentative qui ne sera jamais avouée mais pourtant réalisée
sur le terrain : la domination complète de l’être
humain.

Cette
domination est terminée lorsque la personne humaine – qui
est un mélange subtil de conditionnement et de spontanéité
– est ainsi transformée en un être totalement
conditionné dont on peut calculer les réactions y
compris quand on l’amène à la mort. Cette
désintégration de la personnalité se déroule
en plusieurs étapes :

  1. La
    première étape se situe au moment de l’arrestation
    arbitraire avec la destruction de la personne juridique, cela non
    pas à cause de l’injustice que constitue l’arrestation,
    mais parce que l’arrestation est sans rapport avec les actions ou
    opinion de la personne.

  1. La
    seconde étape de la destruction concerne la personne morale
    et elle s’opère avec la séparation du monde, une
    séparation qui rend le prisonnier dépourvu de sens,
    vide et ridicule.

  1. La
    dernière étape est la destruction de l’individualité
    elle-même. Elle s’effectue par une caractéristique de
    la propagande biyaiste, qui non contente de mentir, propose
    délibérément de transformer ses mensonges en
    réalité. Ils veulent démontrer qu’ils ont
    raison, le prisonnier n’est pas un prisonnier politique, c’est
    un prisonnier de droit commun, un voleur, un vaurien qui n’a rien
    à voir avec la politique.

Ce
tour de passe-passe s’effectue par l’intermédiaire du
leurre politico juridique où le droit devient un avatar au
service de la maison Biya et non le Droit pour Tous. Avec la justice
de Biya, tout se passe comme si nous devions discuter avec un
meurtrier potentiel pour savoir si sa prochaine victime est encore
vivante en oubliant que l’homme peut encore tuer et qu’en tuant
la personne en question, le meurtrier peut apporter la preuve de la
véracité de son affirmation. C’est ainsi que les
prisonniers politiques disparaissent au Cameroun grâce au
leurre juridique, officiellement, il n’y a pas de prisonnier
politique au Cameroun.

Dans
cette partie de poker menteur, pour Biya, le fait de leurrer et de
mentir sur l’emprisonnement politique est son meilleur atout pour
ses activités à venir car les apparences démocratiques
sont – en apparence – sauves. Vont-elles le rester encore
longtemps face au Mensonge d’Etat qu’est la lutte contre la
corruption ? Comment la maison Biya peut-elle lutter contre le
mal qu’ils ont inculqué eux-mêmes au Cameroun alors
qu’ils en sont les premiers bénéficiaires ? Le
train de vie de Paul Biya équivaut à cinq fois celui de
Georges W. Bush…. En valeur absolue bien sûr.

Idem
pour la résurgence de querelles territoriales comme celle de
Bakassi qui peut procurer à son gouvernement d’insignifiantes
victoires de prestiges et donner l’impression que le nationalisme
camerounais est revivifié. Cependant, l’illusion sera aussi
brève qu’un soupir, étant donné que les
Camerounais risquent de revenir au quotidien avec beaucoup plus
d’amertume, car la classe moyenne camerounaise a été
acculée à la ruine après deux décades de
pouvoir biyaiste.

Du
fait de sa paupérisation, au Cameroun la classe moyenne est
devenue ainsi la proie du démagogue national, prête à
servir de levier pour abattre la puissance politique des dignitaires
locaux ou régionaux. Dans ces conditions, rien n’est plus
facile pour Biya d’institutionnaliser le chaos de manière à
prouver qu’il a raison. Ce fut le cas dans le traitement du dossier
de la Cameroun Airlines.
Biya fit traîner la gabegie afin d’affirmer que la France
voulait, en sous-main, recoloniser le Cameroun. Cette attitude
réveilla l’orgueil national sauf que ce leurre a permis de
détourner l’attention du vrai problème qui concerne
la mise à sac d’une compagnie, qui après 40 années
d’exploitation, se retrouve sans avions et avec un endettement de
70 milliards de FCFA.

Question :
Où est passé l’argent de la Camair ? En
l’absence de réponse ou d’explication à cette
interrogation, nous sommes en droit de nous interroger et de supposer
que cet argent est parti alimenter les nombreux circuits biyaistes.

En
effet, peu importe les motivations et les objectifs finaux, l’un
des plus sinistres aspect des dictatures modernes réside dans
la manipulation médiatique afin de revêtir une finalité
logique et objective : pérenniser le pouvoir totalitaire
sous couvert d’une pseudo démocratie d’inspiration
théorique, voire scientifique.

Paul
Biya a su faire preuve de perspicacité machiavélique en
la matière en dotant sa machinerie d’un rouage important :
l’ethnicisation de la Constitution du Cameroun. Sur ce plan, le
Renouveau, vitrine politique du parti présidentiel, n’est
qu’une imposture historique. Le régime totalitaire biyaiste
repose sur une conclusion logique et évidente : diviser
le Cameroun pour mieux régner, le tout, mâtiné
d’une hypothèse scientifique, dans notre cas, utiliser
l’anthropologie pour diviser les Camerounais.

Si
le fondement scientifique est le principal trait commun de tous les
régimes totalitaires du 20eme Siècle, cela signifie que
l’on a su faire revêtir au pouvoir l’apparence de quelque
décret supérieur et surhumain dont dérive sa
force absolue et indiscutable.

Paul
Biya fait jouer un rôle terrible à la Constitution
camerounaise – rôle qui ne lui devrait être nullement
dévolu : la constitutionnalisation du tribalisme sur la
base de la distinction allogène/autochtone.

Par
ce biais, Paul Biya appuie la Constitution sur la soi-disant loi de
la Nature ce qui est d’autant plus grave car le fondement de la
Nature n’est rien de plus que ses propres lois et ses propres modes
de fonctionnement. Ainsi donc, lorsque Paul Biya tue les faibles, les
vaincus, il obéit simplement aux ordres de la Nature qui est
du coté des forts, des bons, des vainqueurs. Tuer et abuser
ceux qui sont faibles et sans défense, c’est démontrer
de son appartenance aux forts.

Les
conséquences de ce raisonnement sont que Paul Biya dépossède
l’homme de la victoire et de la défaite. Il transforme, par
définition, toute opposition en un véritable casse-tête
car ce n’est plus avec l’homme que l’on s’oppose, mais en
l’espèce, c’est la Nature que l’on combat. Et ainsi,
Biya a ajouté à la réalité de son pouvoir
une croyance superstitieuse en son éternité sur
laquelle viennent se greffer les charlatans qui croient que la
volonté de la Nature égale la volonté divine…..
De là à faire croire que Biya est un descendant de
Jésus, affabulation que certains courtisans n’hésitent
plus à brandir…… De facto, ils se sentent eux-mêmes
liés à des forces surhumaines et irrésistibles
afin de mieux servir la Maison Biya, fidèles en ce sens à
la pensée de Sophocle : « Quiconque va visiter
un tyran en devient son esclave même s’il est venu libre ».

Mais
toute cette imposture ne nous fera pas oublier l’époque
bénie où l’homme pouvait librement choisir :
plutôt la mort que l’esclavage, plutôt mourir que vivre
à genoux. Maintenant voici les temps terribles où pour
son plus grand malheur, l’homme à qui a été
inculquer que la vie est le bien suprême, doit s’il préfère
vivre à genoux, mourir à genoux, car rien n’est
devenu dans ce monde plus facile que d’assassiner un esclave.

Mais
lorsque viendra l’alternance, il ne faudra pas qu’à cause
de la peur et de l’espoir, ces deux ennemis jurés de la
politique, nous rations le coche. Nous avons besoin de jeter les
bases saines et solides de notre futur, d’appréhender et de
comprendre l’histoire de ce gâchis gigantesque qu’est
devenu le Cameroun d’aujourd’hui.

Nous
devons le faire car les actions du clan Biya ont transformé,
pollué et intoxiqué l’atmosphère que nous
respirons. Surtout le plus grand danger qui menace la juste
compréhension de notre histoire est notre tendance à
esquisser des analogies. Biya ne ressemble pas à Mobutu, il
n’est pas pire que n’importe quel grand criminel. Mais ce qui est
différent, c’est plutôt le néant politique qui
l’a mené à commettre ses crimes, leurs mises en place
froidement planifiées et minutieusement orchestrées et
la mise sous coupole d’un monde d’esclaves où plus rien
n’a de sens.

Pour tout cela, Justice doit être rendue.

Fabienne DEBARGE et Joël Didier ENGO

Brisbane
le 19 Décembre 2005

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