Un journalisme délétère, de par ses listes,

« Les pilleurs de la Sic…Des banques…et autres Homosexuels »

Un
journalisme délétère, de par ses listes, qui rappelle à ceux qui ont
encore de la mémoire les méthodes de « dénonciation » pratiquées par les
Nazis pour « débusquer » ces Juifs qui, prétendaient-ils, s’étaient
enrichis sur le dos du peuple.

Prélude de la fameuse « nuit de cristal »…Nous n’en sommes pas loin au Cameroun de BIYA.

Affaire Sic
L’éclairage de Philippe Bissek

A
propos du “ Rapport : les pilleurs de la Sic” publié dans Le Messager
n° 2151 du mardi 20 juin, nous avons reçu cette mise au point que nous
publions dans son intégralité

I – De quoi s’agit-t-il ?

“Affaire
Giles Roger Belinga, ex Dg/Sic et autres”, tel est le titre d’un
rapport “ sulfureux ” qu’aurait confectionné un certain Marc Alima
Mendouga, présenté tour à tour comme “ Administrateur Civil Principal
”, “ Expert judiciaire ” puis “ Inspecteur d’Etat ” Le Messager précise
en pages intérieures après son annonce tonitruante de la une : “
Pillage à la Sic : De hauts dignitaires accusés ”.

En fait de
rapport, il s’agit d’une liste tout à fait hétéroclite de noms. Ils
sont classés par catégories : 1) Ceux qui ont payé la totalité, 2) Ceux
qui ont payé une partie du prix, 3) Les ventes discriminatoires de
terrains bâtis, 4) de terrains nus,… et tutti quanti. Au total, 82 noms
identifiés à la une comme : “ Des ministres, anciens Dg, barons du
régime…” Le décor est planté.

Je fais partie de la première catégorie. Première erreur.

II – Un “ rapport ” spécieux
et bidon ?

S’il
est vrai que j’ai acquis en 1989 un logement à la Sic au prix de 16
Millions (pièce n°1), en réalité, j’ai conclu une formule de “ location
vente ”, pratique courante dans l’Immobilier. D’où vient-il que l’on me
fait la faveur de me classer parmi ceux qui pourraient, éventuellement,
bénéficier de “ circonstances atténuantes ” dans ce dossier qui se
trouve “…sur le bureau du Ministre de la Justice (…)” ? Imaginons
qu’une telle erreur porte sur d’autres, parmi les 82, à supposer qu’il
faille la tolérer en ce qui concerne ma modeste personne. D’entrée de
jeu, c’est très grave pour un rapport qui se veut “ d’expertise ”.

Mais le plus grave est à venir.

Ce
rapport qui a pour objectif de dénoncer des transactions occultes
repose sur une résolution ainsi libellée : “ Pour ce qui est de la
vente des logements et des terrains de la Sic,( …) : La loi n° 99/016
du 22 décembre 1989 (…) en son article 41 (j) et les statuts de la
Sic…, font de l’aliénation du patrimoine de l’entreprise, le domaine
exclusif du Conseil d’Administration, de l’Assemblée Générale et/ou de
la Tutelle ” Et c’est sur cette base que sont “ épinglés ” les 82 “
renégats ”. En ce qui me concerne, (mais bien d’autres “ victimes ”
sont dans la même situation), ma transaction avec la Sic a été
finalisée bien avant la date dudit Conseil (pièce n°2) Ce faisant, elle
a été autorisée par la Tutelle. (cf. pièce n° 3. Accord de principe,
avec la mention suivante : “ Il vous est loisible d’examiner cette
requête dans les conditions et selon les pratiques en vigueur à la Sic
”) Logiquement, mon nom n’aurait pas dû figurer dans ce “ Rapport ” qui
vient, après une très sérieuse fissure, de perdre sa pierre angulaire.
C’est très grave.

Mais il y a plus grave encore.

Ceux
qui connaissent ma propriété à Yaoundé s’interrogent en silence, ou à
haute et intelligible voix. A la camerounaise ! “ Après tout, il a fait
une bonne affaire ! ” D’autant plus que des acquisitions limitrophes
sont mentionnées plus loin et à concurrence 24, voire parfois 35 ou 50
millions. C’est peut-être ici plus qu’ailleurs que le sieur Alima
révèle l’étendue de son imposture. Une transaction en général et à plus
forte raison une transaction foncière, en plus des parties prenantes et
des montants doit ; impérativement et au minimum mentionner le lieu, la
date, la superficie du terrain. Chez notre expert, rien de ces trois
derniers paramètres élémentaires. Ils existent pourtant dans les livres
de la Sic qui, quoiqu’on en dise, sont bien tenus. J’ai aisément
retrouvé là-bas, pour les besoins de cette réponse, les “ pièces à
conviction ” que je vous annonce. Car en définitive et en ce qui me
concerne, 16 millions de 1989, c’est une rondelette somme aujourd’hui
lorsqu’on y affecte des coefficients tels l’inflation ou la
dévaluation. Sans compter qu’il s’agissait d’acheter une masure que
j’ai du entièrement rénover par la suite.

Mais en avons-nous
seulement fini avec ce “ Rapport ” ? En réalité, mon logement m’a été
attribué en 1989 par André Levy (pièce n°1, op. cit), un des DG
expatriés qui se sont succédés à la Sic depuis sa création en 1952.
Pour un rapport intitulé “ Affaires G.R.Belinga… ”, cette polémique
tourne carrément au vaudeville. Car en admettant que je sois malgré
tout parmi “ les pilleurs de la Sic ”, le Sieur Alima aurait dû à tout
le moins sérier les époques, puisqu’il n’y a pas prescription en la
matière.

III – Une petite digression
pour l’Histoire..

Vous
ne me croirez peut-être pas, mais lorsque le sieur Levy, un jour de
novembre 1989, me rend visite à la direction de l’Habitat, (toute
puissante à l’époque) en vue entre autres de conclure l’acquisition de
mon logement, il est disposé à me faire n’importe quelle faveur. Devant
ses “ avances ”, je me pose une question de simple bon sens : “
Pourquoi demander à Levy une faveur sur un bien qui m’appartient en
propre ? ” En réalité, il se trouve que son sort est déjà scellé.
(pièce n°4, courrier du Sg/Pr Akame Mfoumou : “… J’ai l’honneur de vous
demander de bien vouloir entreprendre toutes démarches nécessaires
auprès des autorités Françaises pour solliciter un autre cadre de
l’Assistance Technique en remplacement de M. A.Lévy ”.

C’est
que le département de tutelle avait décidé de “ camerouniser ” la
Direction de la Sic et, pour cela, soumis à la présidence la
candidature de H. Tchakountio., Bami pur-sang. En vain ! (Le Messager a
parfois traité le suivant de tribaliste ! C’est passablement amusant
pour le bon Bassa que je suis et qu’il avait fait Pro-consul)

Léopold
F. Oyono, puisqu’il s’agit de lui ; passe outre les instructions de la
“ hiérarchie ” Lors d’un Conseil homérique qu’il préside
personnellement -le Président en exercice étant “ porté disparu ”, il
impose, en désespoir de cause, un intérimaire en la personne d’A. Mama
Fouda. (Pièce n°5) Qui veut mesurer la portée véritable de cet acte,
doit se souvenir que c’est au même moment qu’un français est nommé
Directeur du Trésor à Yaoundé. Mais abrégeons !

La confirmation
de Belinga, après l’interrègne de P. Djongouanè Ekoulé, intervient à la
surprise générale. Au lieu de faire passer Joseph Owona pour un
pilleur, ce qui de mémoire de camerounais est inédit (il compte parmi “
les 82 ” alors qu’il aurait pu bénéficier de la gratuité pure et simple
pour “ services rendus ”), Le Messager ferait mieux de l’interpeller
sur les critères qui l’ont conduit à imposer un aventurier à la Sic.
Une tout autre responsabilité !

J’entends souvent dire qu’il
aurait mieux valu garder “ les Blancs ” Fadaise ! En matière de
pillage, ce dont on accuse Belinga représente des broutilles à côté de
l’Assistance Technique. Dans le cas d’espèce, celle-ci manœuvrait en
trio – Sic, Maetur, Cfc -, sociétés qu’elle contrôlait de main de
maître depuis leurs créations, jusqu’à ce qu’un ministre téméraire les
en déloge. A ses risques et périls. Butin : près de 200 milliards de
nos Fcfa non dévalués “ gérés ” avec les Dumez, Satom, Gtm, Buig… et
consorts. Du grand art ! Et que nous reste-t-il à nous ? Je vous le
donne en mille : Biyem-Assi, Mendong, Makepe, Bonamoussadi… Nous
passons sur les kibboutzs de la Cité Verte, signés Reynolds qui passait
par là, en provenance de Tel-Aviv. J’ai pour ma part participé à cette
croisade puis pris position sans équivoque dans un ouvrage : “ Habitat
et démocratisation au Cameroun ou Enjeux africains d’une chasse gardée
” (Karthala, Paris, 1994), avec un chapitre spécial pour le sujet qui
nous concerne ici : “ Sic : le bide des apprentis sorciers ” Juste
avant ma démission. Le Messager n’a le monopole ni du courage ni du
patriotisme. Pour le reste, tant qu’à piller, je préfère cette réplique
machiavélique d’un ingénieur nigérian à une mission de la Banque
Mondiale qui émettait des réserves sur l’opacité avec laquelle le
pétrole était géré au pays de S. Abacha : “ D’accord, mais c’est
nous-mêmes qui le gérons ! ”
Fin de la digression.

IV– Et quid du journal
Le Messager ?

En
somme, le “ Rapport Alima Mendouga ” ne sert à rien. A moins qu’il ait
pour but inavoué, sait-on jamais, de brouiller les pistes. Circonstance
aggravante, son auteur, fonctionnaire de son état, dont nous mesurons
maintenant l’incompé-tence ; a pris le risque d’épingler, sans motif
valable, son Premier ministre en personne. A vrai dire, il ne
m’intéresse pas outre mesure et je lui souhaite une bonne carrière.

En
revanche, j’en veux à Puis Njawé et à son journal pour lesquels j’ai
pris fait et cause – cela m’apprendra à contredire les prophètes – dans
mon dernier livre consacré sur près de 500 pages à Mongo Beti qui les
avait roués d’injures dans une de ses redoutables diatribes.
Franchement ! Comment est-il possible que l’on confie, dans un organe
réputé sérieux, un dossier aussi délicat à un cuistre comme Sandeau
Nlomtiti ? Car toutes les observations formulées plus haut relevaient
de la perspicacité d’un simple stagiaire, qui aurait découvert de
lui-même que le “ Rapport Alima Mendouga ” était bon pour le cabinet.
Et encore ! Mais cela aurait supposé un peu d’investigation, de
recherche, d’enquête, de sérieux. En plus clair, de travailler. Or dans
cette affaire, Le Messager vient d’apporter la preuve qu’il est en
définitive un peu comme tout le monde. Et comme les autres, il est
tenté par les raccourcis, la paresse, l’appât du gain facile. Il
pratique donc, entre autres, “ le journalisme des listes ” Jugeons-en :
en un mois, il a publié successivement : 1) dans son n°2151 du jeudi 20
juin : “ La liste des pilleurs de la Sic ” 2) dans son n° 2159 du
vendredi 30 juin, avec un réquisitoire de plus en plus hystérique : la
même liste des … “ Pilleurs de la Sic ” Il est vrai, mais cela n’excuse
rien, que ce sont cette fois de véritables stagiaires qui signent. Ils
sont survoltés et se mêlent de tout. Ils brocardent entre autres le
projet Sawa Beach dont même le chiffre ne leur fait pas peur (500
milliards) Celui-ci constitue pourtant une révolution qui tarde à
intervenir parce que tant de farceurs s’en mêlent : la preuve ! Moi
j’en parle parce que j’ai pris la peine d’aller voir à la source de
quoi il retourne. 3) dans son n° 2178 du jeudi 27 juillet et toujours
en “ scoop ” à la une : “ Les Barons qui ont pillé nos banques ”, une
nième liste à propos de laquelle, honteux confus et confondu; il a dû
dans une des livraisons suivantes se répandre en bla-bla-bla d’excuses.

Chez
Le Messager, force est de constater qu’on ne prend même plus la peine
de lire les matériaux –fax, disquettes, mails…- recueillis auprès de
toutes sortes de “ bonnes volontés ” A titre d’exemples parmi d’autres,
très nombreux hélas : que vient faire le nom de Issa Adoum, qui nous a
quitté en 1984 après sa tentative de putsch, parmi nos 82 pilleurs de “
l’affaire Belinga ” ? Et celui de Bello Bouba qui se trouve juste à
côté du précédent, s’agit-il : de l’actuel ministre de Inoni ? Du
postulant à la présidence en 1992 ? De l’exilé ? Du Premier ministre de
Paul Biya ? Du ministre d’Ahidjo ? On aimerait bien le savoir !

Au
total, cette polémique relèverait de la plaisanterie, n’eut été le fait
qu’elle met en cause l’honorabilité des gens. Au début, j’ai été tenté
de “ m’en foutre ” Et puis, il y a la pression des proches : “ Laisse
tomber, ne répond pas ; dans quelques semaines, on n’en parlera plus… ”
Seulement voilà ! Le Messager qui fait bien les choses, est relayé sur
internet. Quand vous cliquez le moteur de recherche sur Ph. Bissek, la
toile vous signale son dernier exploit : “ Pilleur de la Sic ” Et pour
qui compte comme moi de nombreux interlocuteurs à l’International,
c’est franchement épouvantable. Pour les autres aussi, je suppose !
Devant ce drame donc, il n’est pas exclu que ce passionnant débat se
poursuive devant le Juge. En attendant, j’ai décidé de jouir de mon
droit de réponse et je guette la réaction de “ notre journal ” avant
d’aviser.

Car il faut que cela cesse. Et ce n’est pas en nous
laissant faire qu’une telle issue verra le jour. La majorité des 82
personnes interpellées ici sont, à mon avis, absolument qualifiées pour
s’insurger. Je pense à mon ami Protais Ayangma Amang. Je pense aussi et
surtout à Tchakountio ou Hans Nyetam, pour ne citer que ces deux noms,
gens d’une étonnante probité par rapport à nous autres. Respectivement
n° 2 et 3 de la Sic pendant ces 10 dernières années, ils vaquent
tranquillement à leurs occupations tandis que Belinga est encadré à la
prison de Kondengui par une escouade de 20 “ proches collaborateurs ”
Et, Dieu merci, c’est aussi cela le Cameroun.

Tous ceux qui ont
un minimum de culture savent que “ les listes ”, c’est l’antichambre du
goulag. Et Le Messager est en train de nous apporter la preuve qu’elles
ont encore de beaux jours devant elles. Alerte !

Le messager
Le 07-09-2006

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