Légitimité et CENI …Deux mots qui vont si bien ensemble!!!

Abel Eyinga: Légitimité et CENI …Deux mots qui vont si bien ensemble!!!

Abel Eyinga

“ Je conteste à 100% la légitimité de Paul Biya ”

Dans le cadre de la commémoration des martyrs organisée le 13 septembre
par La Nationale à Ebolowa, nous avons rencontré Abel Eyinga, le
président de ce parti qui parle de l’arrivée de Paul Biya au pouvoir,
de la gestion des élections, de la corruption…

Que reprochez-vous au régime du président Paul Biya que vous critiquez en permanence?

Je reproche au régime Biya de ne pas être d’essence nationale. Il
est arrivé au pouvoir par la volonté de la France et non pas par celle
des Camerounais.

Les autorités en place semblent s’engager dans la mise sur pied
d’un processus électoral gage de la transparence. Adhérez-vous à cela ?

Le système électoral actuellement en vigueur au Cameroun n’est pas
normal. Les élections au Cameroun ne sont pas organisées dans le but de
connaître la volonté des citoyens. Elles sont faites pour la
confirmation ou le maintien au pouvoir de quelqu’un. On nous a présenté
l’Onel, dès sa mise sur pied, comme une structure indépendante qui
devait être composée des personnalités au-dessus de toute influence ou
combine. Depuis sa création, tous ses dirigeants sont les militants du
Rdpc, parti au pouvoir.

Que faut-il faire pour sortir de cette situation électorale et assurer le développement du Cameroun?

Paul Biya sait ce qu’il faut faire. C’est un homme intelligent. Il
sait comment on fait pour développer un pays. Il connaît le monde. Il
sait comment d’autres pays se sont organisés dans le monde pour se
développer. Mais il fait exactement le contraire de ce que font les
pays qui se développent. Comment voulez-vous que des gens comme moi ne
soient pas mécontents ? Comme le disait feu Mgr Jean Zoa, lors de l’une
de ses dernières homélies, le Cameroun ressemble à un homme qui est
tombé entre les mains des bandits. Il ne croyait pas si bien dire. Sa
mauvaise gestion des élections montre également l’absence des repères
dans ce pays. Un pays où on peut tout acheter. Il faut revenir dans une
société où on respecte certaines valeurs et qui se construit autour de
certaines valeurs. Les gens qui gouvernent le Cameroun ne donnent pas
du tout l’exemple d’un pays qui se construit autour des valeurs autres
que l’argent.

La mise sur pied de la Ceni apportera peut-être une grande visibilité dans la gestion des élections au Cameroun.

Une Ceni qui accepterait que l’organisation des élections au
Cameroun soit faite par le gouvernement, est une Ceni qui n’apporte
rien. Il faut qu’on enlève d’abord l’organisation des élections au
Rdpc. C’est-à-dire au Minatd, au gouvernement. Et on confie cette
organisation à un organe véritablement indépendant. Celui-ci doit être
un organe paritaire composé à parts égales des représentants du parti
au pouvoir et de l’opposition. Comme cela, personne ne pourra tromper
l’autre. Actuellement, se sont les sous-préfets qui font les élections.
Vous leur apportez les procès verbaux, vous trouvez qu’ils ont les
leurs vierges qu’ils remplissent à votre insu malgré la vérité des
urnes. Nous avons gagné les élections ici à Ebolowa. Les sous-préfets
en ont décidé autrement. Se présenter aux élections dans les conditions
actuelles, ne peut servir que si on veut embêter les dirigeants pendant
cette période de forte tension.

Sauf à vouloir modifier l’histoire, peut-on dire que le président Paul Biya n’a pas été élu par les Camerounais ?

Dites-moi quand Monsieur Paul Biya a été élu par les Camerounais.

Il y a eu environ cinq élections présidentielles au Cameroun sous le président Paul Biya !

(Rires) Vous parlez de plusieurs fois. Mais vous devez retenir que
celui-ci a été installé au pouvoir en 1982. Ce ne sont pas les
Camerounais qui ont pris ce risque. Toutes les élections qu’on organise
depuis cette date ont pour seul but, maintenir Paul Biya au pouvoir. Je
conteste à 100% la légitimité de Paul Biya.

On peut voir dans votre intervention
soit le désir de mieux bâtir son pays, soit une aigreur. Dans ce pays,
il n’y a rien de positif ?

Je tiens à dire que je pouvais être aigri si j’attendais quelque chose
de qui que se soit. Et laquelle chose ne m’a pas été donnée. Pour le
cas d’espèce, je n’attends rien à titre personnel de ce régime. Je
lutte pour que les Camerounais soient dans de bonnes conditions. C’est
là l’une des causes de la bataille menée par Ruben Um Nyobè et tous les
autres martyrs de l’indépendance du Cameroun. Actuellement, aucun
Camerounais sérieux ne peut dire que nos compatriotes sont heureux.

Parlant de l’aspect positif, (rires), ils ont installé le
tribalisme pour mieux aliéner le peuple. Nous ne sommes pas contre les
tribus. Mais nous pensons qu’on ne peut pas s’appuyer sur elles pour
détruire les autres. Pourtant, c’est ce qui se passe chez bien de
Camerounais aujourd’hui.

Lorsque vous regardez ceux qui ont versé leur sang pour l’indépendance,
ils avaient le souci de la Nation et non celui des intérêts égoïstes
basés sur le village. Par ce que je suis du Sud comme le chef de l’Etat
avec qui j’ai été en France comme étudiant, certains pensent que je
n’ai pas droit à la vie, que je suis traître. Il y a un ministre qui,
se moquant de moi pour ma paralysie, a dit que se sont eux qui m’ont
jeté le sort. Et qu’ils verront comment je vais encore nuire dans la
province. Qu’un universitaire Pr d’université arrive à ce genre de
propos, il faut imager le niveau de putréfaction intellectuelle dans ce
régime. (Il laisse couler quelques larmes, touche ses pieds à la
mobilité pas évidente avant de continuer courageusement). Et même dans
ces tribus qui détruisent le Cameroun, des 253 langues que compte le
pays, seules deux tribus existent : les riches et les pauvres. En
somme, si vous trouvez quelque chose de positif du régime Biya,
faites-moi signe.



Le président de la République semble avoir sifflé la fin de la
recréation en faisant arrêter quelques Camerounais accusés de
malversations financières. A votre avis, ce n’est pas là un signal fort
?

On a arrêté combien de Camerounais ? (Rires) Ici dans le Sud, j’en
connais deux : Gilles Roger Belinga et Emmanuel Gérard Ondo Ndong qui
ne sont pas les seuls voleurs. A côté d’eux, il y a des milliers de
voleurs en liberté et solidement implantés à leurs postes. On les
arrête pourquoi ? Par ce qu’on veut apaiser les impatiences des
bailleurs de fonds internationaux. Ceux-ci avaient demandé à Paul Biya
de donner au moins l’impression de nettoyer cette pourriture. Ces
pauvres arrêtés doivent ressentir cela comme une injustice. Ils se
demandent certainement pourquoi eux et non pas les milliers de leurs
camarades. C’est de la plaisanterie que de prendre cela comme une
bataille contre le vol. En plus, il n’y a aucune structure pour gérer
toute la fortune et les biens repris.

Au Cameroun, on a créé une Commission qui n’a pas le pouvoir de
saisir des biens repris entre les mains des voleurs. Encore mois de
travailler librement. Ici, elle doit d’abord demander l’autorisation du
chef de l’Etat pour poursuivre quelqu’un. Lequel chef de l’Etat doit
rendre compte lui-même à partir des actes de corruption ou
d’enrichissement illicite qu’il a commis.

Par Interview réalisée à Ebolowa par Sandeau Nlomtiti

Le Messager

Le 19-09-2006

ABEL EYINGA

“A DEFAUT D’UNE CENI, NOUS DEVONS RECOURIR A L’ONU…”

Le président de La Nationale revient sur les contours de la célébration
de la semaine des martyrs de l’indépendance, jette un regard critique
sur le processus électoral en vigueur au Cameroun, et s’en prend au
régime en place.



Qu’est-ce qui explique la célébration des martyrs de l’indépendance par votre parti politique ?

C’est la simple logique patriotique qui fait que mon mouvement, La
Nationale, reconnaît et approuve les efforts de tous ceux qui se seront
battus pour que le Cameroun devienne indépendant.



Vous vous désolidarisez de la démarche de l’Upc qui a initié les mêmes manifestations …

Je ne reconnais pas la démarche de l’Upc dans ce domaine. Mais,
cela m’étonnerais que l’Upc puisse s’opposer à ce que l’on reconnaisse
ce qu’ont fait, Um Nyobe, Ossendé Afana, Abel Kinguè, etc…

Mackit, Hogbe Nlend, qui sont leaders des autres tendances de
l’Upc, ne pourraient pas trouver d’inconvénient à cette initiative, qui
est utile pour édifier la jeunesse de ce pays. Est-ce que ce sont eux
qui vous ont dit cela ? (Rires).

A quel degré de responsabilité situez-vous le rôle des colonisateurs dans l’assassinat des martyrs de l’indépendance ?

Um Nyobe, le nationaliste, a été tué par les troupes militaires
néo-coloniales. Moumié a été tué par un homme de la ‘main rouge ‘ qui
s’appelait William Betchel “ faux journaliste ”, qui était un agent des
services secrets français, celui-ci l’a empoisonné à l’aide du
thallium. Cet assassinat a eu lieu sur l’ordre de l’ex-Premier ministre
français de l’époque, Robert Debré. Moumié a été tué au moment où il
s’apprêtait à revenir au Cameroun. Pour les autres martyrs de
l’indépendance, c’est Ahidjo qui les fait exécuter, à la suite d’une
parodie de procès. Ahidjo même était l’exécutant de la politique
française au Cameroun. Ce sont ces colons qui ont tué tous les
combattants de l’indépendance de notre pays.

Le processus électoral en vigueur au
Cameroun, selon vous, n’obéirait pas aux normes de souveraineté et ne
laisserait pas la légitimité au peuple d’exprimer ses suffrages ?

Le système électoral au Cameroun n’est pas normal et démocratique. Les
élections au Cameroun où l’on demande à connaître la volonté des
Camerounais, ne sont que des élections de confirmation, de maintien au
pouvoir de quelqu’un et cela ne saurait être une élection démocratique.
Tenez-vous tranquille, si j’avais la possibilité de rencontrer Biya en
face, je le lui ferais savoir qu’il a donné l’impression aux
Camerounais qu’il existe un système démocratique au Cameroun. Ce qui
est une illusion. En 1984, au cours des premières élections
présidentielles sous l’ère Biya, il avait été instauré le système des
signatures. Cette entreprise consistait à rendre démocratique le
système électoral, qui à l’époque d’Ahidjo était monolithique et
anti-démocratique. Ce système consistait à faire collecter 500
signatures à travers les 10 provinces du pays à l’élection
présidentielle. Une pure moquerie à l’endroit des Camerounais ! Les 500
signatures devaient être données par les élus du Rdpc. Or, un élu du
Rdpc ne pouvait pas aller signer pour que quelqu’un qui n’est pas du
Rdpc se porte candidat au fauteuil présidentiel. Résultat des courses,
ce système n’a jamais fonctionné jusqu’à ce jour. Il n’y a pas encore
eu quelqu’un qui se soit présenté à une élection présidentielle au
Cameroun, sans qu’il n’ait eu besoin d’obtenir les 500 signatures. L’on
ne peut pas les obtenir, étant donné que ceux-qui sont censés les
fournir sont uniquement notables du Rdpc.



L’éventuelle instauration de la Ceni (commission nationale
indépendante) pourra-t-elle garantir un meilleur déroulement des
scrutins électoraux ?

La Nationale propose un certain nombre de choses. Il faut d’abord que
l’on enlève l’organisation des élections au Rdpc (Le Minatd et le
gouvernement). Et que la gestion des élections soit confiée à un organe
indépendant. Cet organe indépendant devra être constitué des cadres du
pouvoir et de l’opposition, à parts égales. Au vu de cette composition,
personne ne pourra tromper l’autre. Et les élections pourront ainsi se
dérouler normalement. Si cela n’est pas le cas, ces élections seront
des scrutins de fraude, comme cela a toujours été le cas. A défaut, les
élections devront être organisées par les Nations unies, sous la
supervision de l’Union européenne. L’essentiel étant qu’une élection
libre et transparente soit organisée dans notre pays. Pour le cas de La
Nationale à Ebolowa, nous avions souvent gagné les élections dans
certains bureaux de vote aux scrutins législatifs et présidentiels,
mais les procès verbaux ont toujours été falsifiés par les
sous-préfets. Les seigneurs du Rdpc à Ebolowa, à l’instar d’Enam Mbaha,
m’ont dit “ tant que le Rdpc est au pouvoir, La Nationale n’aura jamais
un strapontin dans une circonscription élection quelconque du Cameroun
”. Mais, qu’à cela ne tienne, La Nationale continuera à se présenter
aux élections pour dénoncer les dérives du Rdpc.

Propos recueillis par la Nouvelle Expression

Publié le 18-09-2006

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