« Les institutions culturelles camerounaises en ruines »…


"Les institutions culturelles camerounaises en ruines"…

Si les institutions culturelles sont en ruines…Qu’en est-il de la Politique culturelle???

De
mémoire d’Homme, Guillaume BWELE a certainement été le dernier Ministre
de la Culture au Cameroun. Depuis notre pays croule sous la ruine de
quelques specimens et autre "vieux nègre" sans ossature ni envergure
culturelle.

Je vous remercie

Les institutions culturelles camerounaises en ruines

A quand un musée national digne de ce nom au Cameroun ? (suite et fin)

Le “Musée national” du Cameroun s’apparente encore à une collection d’objets ethnographiques.


Un projet permanent au Cameroun…


Si en Afrique de l’Ouest la plupart de pays dispose aujourd’hui de
musée digne de ce nom (Burkina Faso, Mali, Niger, Nigeria, Ghana,
etc.), qui valorise bien leur patrimoine respectif source d’attraction
de touristes européens, dur est de constater que cette institution
reste encore au simple stade de projet dans les pays de l’Afrique
centrale en général, et en particulier au Cameroun. Doit-on alors
penser que plus d’une quarantaine d’années après son indépendance, la
création de la nation camerounaise, la construction d’une identité
homogène, le sentiment d’appartenir à un même ensemble reste un simple
projet ? Tout porte à y croire…


Naguère installé dans le "palais Hans Dominick", – première maison en
dur de Yaoundé–, situé tout juste derrière l’actuel ministère des
Finances, le "musée national " a été transféré depuis plus d’une
dizaine d’année dans une bâtisse plus imposante et plus symbolique, au
cœur même de la capitale, l’ancien palais du feu président Ahmadou
Ahidjo – dont on se rappelle encore du copieux pillage qui s’y opéra
dans les années 1990 –. Cette résidence fut elle-même plus anciennement
le palais des gouverneurs français qui se succédèrent à Yaoundé durant
la colonisation.


Le projet gouvernemental du musée national a été adopté depuis…1991. Il
consistait ainsi à transformer cet ancien palais présidentiel en un
musée de synthèse des cultures du pays. Pour sa réalisation, on avait
parlé à une époque d’importants financements qui auraient été offerts
par différents pays dont la Chine et la France, et des institutions
telle l’Unesco…
Lorsqu’il y a cinq ans le ministère de la Culture lança un louable
projet d’inventaire général du Patrimoine culturel du Cameroun – à
grand renfort de publicité, et au coût financier que l’on imagine –,
nombreux sont ceux qui avaient alors pensé qu’au bout de celui-ci sera
enfin finalisé le Projet du musée national. Grosse erreur ! C’était
oublié que dans le Cameroun du Renouveau, de nombreux projets entamés
sont ainsi restés sans suite. C’était sans compter que dans notre pays
d’aujourd’hui, on se bat plus autour du contrôle et de la gestion
financière d’un projet, qu’autour de son exécution et de ses résultats.
Dernier en date, le recensement de la population de l’année
dernière…Quinze ans après la ratification du projet de notre cher musée
national, celui-ci demeure toujours dans sa phase de mise en place !

Spécimens
Le projet d’un inventaire du patrimoine culturel national était
pourtant d’autant plus méritoire que les richesses culturelles dont
regorge notre pays sont immenses et diversifiées. On l’a souvent dit,
le Cameroun est une “Afrique en miniature”. En 1986 le révérend père
Mveng avançait : “sur les cinquante chefferies de l’Ouest (…), il
serait facile de rassembler, en un temps record, la bagatelle de 25.000
pièces d’art traditionnel de très haute qualité. Les lamidats et les
chefferies du Nord-Cameroun (…) pourraient en donner au moins 10.000.
La préhistoire camerounaise, à elle seule, peut fournir immédiatement
au moins 30.000 spécimens des industries paléolithiques, néolithiques,
de l’âge du fer et des métaux. (…) que dire des produits de notre sol
et de notre sous-sol, des spécimens de métaux, de pierres, de bois
précieux, de plantes rares ? Un service de taxidermie nous permettrait
de présenter les dizaines de milliers d’espèces de notre faune
aquatique, terrestre, aérienne (poissons, animaux, reptiles, insectes,
oiseaux, etc.)”. Au bout de ce recensement “superficiel”, le doyen de
l’Histoire du Cameroun donnait le verdict suivant : “les collections,
bien sélectionnées, d’un musée national camerounais pourraient se
chiffrer autour de 100.000 pièces. Notre musée serait parmi les plus
riches d’Afrique, et même du monde”. Mais ça c’était il y a 20 ans ! Un
inventaire plus systématique permettrait aujourd’hui de voir qu’en
réalité notre pays déborde largement de plus de trésors culturels et
naturels que ne l’avait brossé le vieux savant. Dans le seul domaine
des pièces archéologiques par exemple, il y a vingt ans la plupart des
artefacts connus étaient issus de la partie septentrionale du pays où
les recherches étaient plus avancées. Aujourd’hui, ils viendraient
également des zones forestières du Littoral, de l’Est et du Centre,
ainsi que des Grassfields de l’Ouest, où de nombreux travaux
archéologiques ont été réalisés entre temps1. Il s’agira alors des
centaines de milliers de spécimens de vestiges de notre passé
multimillénaire ! Malheureusement, en l’absence d’un musée national
digne de ce nom, et aussi d’une législation rigoureuse sur la
protection du patrimoine dans notre pays, tous ces objets sont soit
détruits sur les sites, soient emportés vers l’Europe par des
chercheurs étrangers et parfois locaux. Et que dire alors de
l’incommensurabilité de talents dont regorge notre pays dans le domaine
de la culture immatérielle (théâtre, cinéma, musique, littérature,
etc.), et qui font de lui un des plus grands réservoirs dans le monde ?

Patrimoine
A l’allure où notre patrimoine culturel et naturel est pillé et
sabordé, à l’allure où se diluent nos traditions sous l’emprise d’une
occidentalisation "mondialisante" impitoyable pour les “cultures
faibles”, il est à craindre très fortement que les générations d’après
ne sachent pas ce qu’étaient un Essingan ou un Bibolo (précieux arbres
des forêts tropicales) ; qu’un jour pour voir un tambour Baya ou un
tam-tam Douala, pour étudier une poterie Bassa ou contempler un masque
Fang ou Batcham, il faille faire un tour dans un musée européen ou
américain ; qu’il soit bientôt absolument impossible d’écouter un air
musical nostalgique d’un Néllé Eyoum, d’un Epée Mbéndè ou d’un Priso
(pères créateurs du Makossa), ou celui d’un “oncle” Jacob Medjo Messong
ou d’un Messi Martin (vulgarisateurs du Bikutsi). Alors à quand un
musée national au Cameroun ?


C’est peut-être un autre débat ; mais il me semble opportun de
l’évoquer ici : qu’il est parfois triste voire abject de constater que
d’une manière générale, la plupart de structures à caractère culturelle
qui portait le fanion “National” au “temps d’Ahidjo”, soit quasiment
mortes (ballet national, théâtre national, orchestre national, etc.)
durant l’ère Biya. Conséquence : le Cameroun perd – au propre comme au
figuré – ses talents, ses valeurs, ses icônes, et parfois à jamais.
Quelques cas tout juste : Were Were Liking a élu domicile en Côte
d’Ivoire depuis plusieurs années ; Manu Dibango s’est installé en
France voici plus d’un demi-siècle ; Maka Kotto est devenu Canadien il
y a des lustres, etc. Ceux qui n’ont pas eu l’aubaine de s’expatrier
tel Marcel Mvondo II ou Jean Bikoko croupissent dans une misère qui
insulte la culture camerounaise et interpelle chacune de nos
consciences. Il y a ceux qui, comme René Philombe, Edwige Ntongon à
Zock, Jean Minguèlè ou Jimmy Biyong, etc. malgré leur génie et leur
talent, sont morts de cet oublie et de cet ignorance ingrate, presque
chronique, dont souffre notre deuxième régime après l’indépendance. Y
rester semble signifier : “ accepter de mourir à petit feu ”…Ils s’en
vont ainsi nos phénix, presque dans l’anonymat. Même l’éminent écrivain
Mongo Beti n’a pas été épargné de cette méconnaissance. “La maman de la
musique camerounaise”, Anne Marie Nzié a eu un peu plus de providence
grâce… à Jacques Chirac. Et tout cela ne semble inquiéter ni émouvoir
grand monde ! Tous ces brios avaient eu le hasard de naître en
Belgique, en France, ou aux Etats-Unis qu’ils auraient certainement
connu de biens meilleurs destins, semblables à ceux d’un Jacques Brel,
d’un Jean Paul Sartre ou d’un Tom Cruise. Ainsi va le Cameroun
d’aujourd’hui : les plus ingénieux, les plus brillants, surtout quand
ils se refusent ou tardent à se rassembler autour d’une certaine flamme
politique, sont forcés à s’expatrier ou à disparaître de manière
incognito, au profit des plus nuls et inhabiles, qui ont l’avantage
d’être panégyriste et flagorneur, tout juste…


Donc, à quand un musée national au Cameroun digne de ce nom, un vrai
musée qui puisse contenir ces talents nationaux, valoriser et
promouvoir les cultures camerounaises, symboliser et matérialiser le
passé et les courants sociologiques du Cameroun contemporain ? Est-ce
pour demain encore ou jamais ?

* Doctorant en Archéologie africaine à l’Université Libre de Bruxelles,
Stagiaire à la section de Préhistoire et d’Archéologie du Musée Royal
D’Afrique centrale, Tervuren (Belgique).
Email: bienvenu_1969@hotmail.com

1 Rappelons que les seules recherches que nous avons effectuées de
2001 à 2004 dans le cadre du sauvetage du patrimoine archéologique et
culturel le long du pipeline Tchad-Cameroun, ont livré près de 500
sites et des milliers de pièces, entre Kribi et la frontière tchadienne.
 

Par Par Bienvenu GOUEM GOUEM*
Le 17-10-2006

Publicités
Cet article a été publié dans Non classé. Ajoutez ce permalien à vos favoris.

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s