« Le Vote Utile » ne peut être le diktat….de Pseudos Dominants.

Si l’émiettement de la Gauche est le pire ennemi du Parti Socialiste Français, version Royal-Hollande, le "vote utile" est  son tombeau. Car, en démocratie, l’on ne vote pas sur un crédo politique accusateur et culpabilisant , mais pour des convictions. En conséquence, avant de brandir le vote utile, la Rue de Solférino se doit d’abord d’offrir un(e) candidat (e) dont la crédibilité presidentielle et l’ancrage clairement à Gauche sont sans faille. "Le Vote Utile" ne peut être le diktat….de Pseudos Dominants.

Analyse

Le PS et l’arme du vote utile, par Michel Noblecourt
LE MONDE | 13.11.06 | 13h17  •  Mis à jour le 13.11.06 | 13h17

epuis
le "séisme" du 21 avril 2002, avec l’élimination de Lionel Jospin au
premier tour de l’élection présidentielle, le Parti socialiste vit dans
l’obsession de ne pas réenclencher la "machine à perdre". Déjà au
moment des élections législatives de 2002, Laurent Fabius, jugeant
alors le programme du PS trop gauchisant, avait agité le spectre de la
"machine à perdre". Aujourd’hui, le défi prend d’autant plus d’acuité
que l’élection de 2007 est vécue comme la revanche de 2002. Pour
François Hollande, arbitre engagé de la primaire socialiste, il faut
utiliser à fond l’arme du vote utile, d’abord au sein du PS, puis avec
l’ex-gauche plurielle avant le premier tour du 22 avril 2007, enfin,
avec l’ensemble de la gauche si le PS est qualifié pour le second tour.

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Pour réussir, ce pari à trois dimensions
nécessite moult conditions. La première étape est celle de la primaire
socialiste. Cette épreuve démocratique aux formes inédites pouvait
tourner au pugilat à peine policé. Laurent Fabius et Dominique
Strauss-Kahn, avantagés par leur expérience du parti et leur pratique
des débats, y voyaient l’occasion d’en finir avec le "leurre" Ségolène
Royal. En se résignant à descendre dans la fosse aux éléphants, elle
tombait dans le piège. Soit elle oubliait ses incartades iconoclastes,
celles qui lui avaient construit sa popularité en dehors de la "vieille
maison", et elle se banalisait. Soit elle maintenait son cap et
risquait d’être rejetée ou, pour le moins, de perdre du terrain.

L’équation était d’autant plus redoutable pour Mme
Royal qu’elle abordait un débat dont elle ne voulait pas en
apparaissant, paradoxalement et par la multiplicité de ses soutiens, en
candidate de… l’appareil. Chaque sortie de piste par rapport au
projet du PS lui était reprochée par ses rivaux, même s’ils prenaient
eux-mêmes des libertés avec le petit livre rose. La présidente de la
région Poitou-Charentes a eu beau jeu de pointer leur contradiction. "Ils ont voulu le débat, confiait-elle au Midi Libre le 4 novembre, et ils contestent le fait qu’on puisse avoir d’autres idées (que le projet). Mais si on ne peut pas avoir d’autres idées, à quoi sert le débat ?"

A
l’arrivée, et c’est à mettre au crédit du PS et de son premier
secrétaire, l’exercice a été réussi. Trois débats télévisés de qualité
ont permis à chaque postulant d’afficher sa singularité. Hormis
l’épisode des huées du Zénith, le 26 octobre à Paris, le jeu a été
gagnant-gagnant, sans maillon faible, sans chausse-trapes. Aucun
concurrent n’a été disqualifié. M. Fabius, Mme Royal et M.
Strauss-Kahn ont conforté leur image. Mais, à trois jours du premier
tour de la primaire, la question est de savoir si cette compétition,
courtoise mais sans concessions, a fait bouger les rapports de force au
sein du PS.

Le seul indicateur donné par les sondages est biaisé
depuis le départ, puisqu’il ne porte pas sur les 218 771 adhérents
appelés à voter, mais sur le marais des sympathisants. C’est chez eux
que, depuis plus d’un an, Mme Royal fait la course en tête. C’est chez eux que, si l’on en croit l’enquête d’Opinion Way pour Le Figaro
et LCI, sa cote s’est effritée de huit points entre le premier et le
troisième débat télévisé, les souhaits de désignation passant de 66 % à
58 %. Mais un effritement (attendu) n’est pas un effondrement (espéré).
Les amis de M. Strauss-Kahn, qui dénigraient cet indicateur au départ,
claironnent que leur champion a gagné neuf points chez les
sympathisants – de 27 % à 36 % – mais, en interne, les pointages le
placent derrière M. Fabius. Ce dernier reste fixé au plancher des
sondages, mais son influence dans le parti tourne sans doute autour de
25 %. C’est dans l’hypothèse où "DSK" finirait devant M. Fabius que Mme
Royal, qui compte sur la réserve, aux intentions de vote mal connues,
des 70 000 nouveaux adhérents, serait la plus menacée par un ballottage.

UNE ARME INDÉCISE

L’ancienne
ministre dispose toutefois d’une arme décisive pour l’emporter dès le
premier tour, c’est celle du… vote utile. L’argument selon lequel le
candidat investi pour affronter la droite devra "être porté par la force de ce vote",
selon la formule de M. Hollande le 9 novembre à Toulouse, et non
affaibli par un ballottage – surtout s’il dessine un second tour
incertain – pèsera forcément, reste à savoir dans quelle proportion. La
même problématique se pose pour l’ex-gauche plurielle. M. Hollande
s’est résigné aux candidatures de Dominique Voynet et, probablement, de
Marie-George Buffet. Mais au moment où les sondages révèlent une
nouvelle progression, par rapport à 2002, de Jean-Marie Le Pen, il veut
éviter de revivre le scénario d’une gauche émiettée. Le 21 avril 2002
gauche et extrême gauche avaient réuni 26,71 % des suffrages face aux
16,18 % de M. Jospin… Et M. Hollande redoute déjà de voir le
président du Front national à 20 %…

Au prix du gel de 35
circonscriptions, concédées au Parti radical de gauche (PRG), le
premier secrétaire du PS a écarté la menace d’une nouvelle candidature
de Christiane Taubira. Mais l’entrée en campagne de Jean-Pierre
Chevènement, qui avait recueilli 5,33 % en 2002, fait resurgir le
spectre d’un nouveau 21 avril. Coup de bluff ? Le président du
Mouvement républicain et citoyen (MRC), qui après avoir espéré la
candidature de M. Fabius semblait se résigner à celle de Mme
Royal, affiche une ferme résolution. Mais il a très peu d’élus et peu
de trésor de guerre. Pour le dissuader, le PS a peu de moyens en dehors
de l’arme du vote utile. Il a peu de circonscriptions à lui offrir
au-delà de celle perdue, aux dernières législatives, par Georges Sarre
à Paris… Il lui reste à parier que M. Chevènement n’ira pas jusqu’au
bout quand il réalisera ses faibles chances de retrouver son score de
2002.

Si, grâce au vote utile, il franchit les deux premiers
obstacles – la primaire et le premier tour -, il restera au PS le plus
dur : le deuxième tour et… les élections législatives qui suivront.
La gauche antilibérale cherche toujours la potion magique qui fera
naître un candidat commun. La candidature d’Olivier Besancenot (LCR)
hypothèque chaque jour davantage cette perspective. Et on voit mal Mme
Buffet, à défaut d’être le porte-drapeau de ce pôle de radicalité,
renoncer à défendre les couleurs communistes. Là aussi, le PS redoute
cet émiettement de la "gauche de la gauche", qui peut le priver des
réserves nécessaires pour un éventuel second tour. Si, malgré tout, le
vote utile pour "battre la droite" lui assure l’élection de son
candidat à la présidence de la République, il lui faudra ensuite
rechercher les bases d’une majorité parlementaire qui risque d’être…
introuvable. Voilà pourquoi il arrive aux dirigeants socialistes de
regretter qu’à leur gauche, comme en Allemagne, ne se soit pas
constituée, avec les communistes, les altermondialistes et l’extrême
gauche, une force capable de capter de 12 % à 14 % des voix.
L’émiettement est décidément son pire ennemi.

Michel Noblecourt
Article paru dans l’édition du 14.11.06

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