Impasse palestinienne

Si l’initiative de Mahmoud Abbas est encourageante et salutaire d’un point de vue démocratique, elle peut se rèveler suicidaire pour "l’Etat Palestinien".

Edito du Monde
Impasse palestinienne
LE MONDE | 18.12.06 | 13h55

es
territoires palestiniens titubent. De fragiles cessez-le-feu en
affrontements sanglants, les deux principaux mouvements palestiniens,
le nationaliste Fatah et l’islamiste Hamas, n’en finissent pas de s’y
disputer le pouvoir. Le rapport des forces interdit pour l’instant que
la querelle puisse être vidée par les armes. Puissantes à Gaza, les
milices du Mouvement de la résistance islamique sont inexistantes en
Cisjordanie, où dominent les forces régulières affiliées au Fatah.

Depuis la victoire des islamistes aux
élections législatives de janvier 2006, la direction palestinienne,
longtemps accaparée par le Fatah, est bicéphale. Les divergences sont
totales sur les objectifs politiques et les moyens à mettre en oeuvre
pour y parvenir. Le chef de l’Autorité palestinienne et du Fatah,
Mahmoud Abbas, prône le dialogue avec Israël pour aboutir à un accord
négocié qui permettrait la coexistence de deux Etats. Les radicaux du
Hamas refusent de s’engager dans cette voie et n’envisagent, au mieux,
qu’une trêve "de longue durée" avec un ennemi qu’ils refusent, pour l’heure, de reconnaître.

Après
une année de tergiversations, le chef de l’Autorité palestinienne a
décidé de demander aux Palestiniens d’arbitrer ce conflit interne. Il a
annoncé des élections générales, présidentielle et législatives, pour
mettre un terme à cette cohabitation impossible. Saluée par les pays
occidentaux, qui considèrent M. Abbas comme le seul interlocuteur
fréquentable, son initiative semble prometteuse. Elle appelle cependant
quelques remarques qui nourrissent plus sûrement l’inquiétude que
l’espoir.

Se retourner vers le peuple est de bonne pratique dans
une démocratie installée. Hélas, les territoires palestiniens
traversent la pire crise de leur histoire tourmentée. L’Autorité
palestinienne n’y a plus d’autorité que le nom, et leur économie subit
un blocus israélien opiniâtre que les Européens et les pays arabes
tentent de compenser à grands frais, pour un résultat plus que
médiocre. Ce n’est pas la première fois que le chef de l’Autorité
palestinienne promet de recourir aux urnes pour ramener le Hamas à la
raison. En mai, il avait déjà agité l’idée d’un référendum avant de
faire finalement machine arrière.

Car il n’est pas sûr que la
victoire du Hamas il y a onze mois ne soit qu’un accident politique.
Après deux ans passés à la tête de l’Autorité palestinienne, M. Abbas
est incapable de présenter le moindre bilan. Incapable de remettre en
route un Fatah sclérosé, il est le jouet de l’unilatéralisme israélien
soutenu par Washington. En huit mois, le premier ministre israélien n’a
pas jugé bon de l’inviter une seule fois. Si Ehoud Olmert ne prend pas
au sérieux M. Abbas, il est à craindre que les Palestiniens ne fassent
de même.

Article paru dans l’édition du 19.12.06
Publicités
Cet article a été publié dans Non classé. Ajoutez ce permalien à vos favoris.

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s