» le FMI et l’Afrique : un partenariat pour maintenir l’assistance et le sous-développement »…

Citoyenneté

Lettre ouverte de BABISSAKANA

comment le Fmi appauvrit le Cameroun

Président, Directeur Général du Fonds Monétaire International

Monsieur le Directeur Général,


A l’occasion de votre visite en Afrique Centrale (Gabon et Cameroun),
vous avez signé une tribune sous le titre “ le Fmi et l’Afrique : un
partenariat pour l’avenir ” (Cameroon Tribune n° 8762/4961 et Le
Messager n° 2284 du 08 janvier 2007). La revue de cette tribune indique
qu’elle n’est qu’une action marketing visant à vendre aux Africains
votre troisième centre régional d’assistance technique pour l’Afrique
(Afritac) qui constitue le réel motif de votre visite. Comme stratégie
de croissance économique durable et de qualité visant l’atteinte des “
objectifs du millénaire pour le développement ”, vous continuez comme
par le passé à conseiller aux pays africains de se spécialiser dans
l’exportation des produits de base et la quête du binôme infernal
aide-crédit concessionnel, vos deux (2) principales sources du
relèvement de la croissance économique de l’Afrique. En fait, le titre
de votre tribune devrait être : “ le Fmi et l’Afrique : un partenariat
pour maintenir l’assistance et le sous-développement ”. Nous avons la
conviction que les “ objectifs du millénaire pour le développement ” ne
constituent qu’un gadget fabriqué comme à l’habitude par les
bureaucrates rentiers du business de l’aide et dont la portée
opérationnelle n’est qu’illusoire. Un pays doté d’un leadership adéquat
ne peut se focaliser sur les gadgets et autres instruments d’apparat
des institutions du business de l’aide. Le Fmi que vous dirigez clame
dans sa stratégie à moyen terme, de s’engager pour la création de
valeur (progrès économique et social) en faveur de ses “ membres à
faibles revenus ” comme la quasi-totalité des pays africains. Mais les
faits ne cessent de vous trahir. Votre visite en Afrique centrale nous
donne l’opportunité de porter à votre attention : (i) la preuve de la
toxicité et de la nocivité de vos conseils-instructions en Afrique en
prenant le cas de la République du Cameroun ; et (ii) la portée
stratégique limitée de votre assistance technique pour l’Afrique.

1 – Preuve de la toxicité et de la nocivité de vos conseils en Afrique
Depuis le 19 septembre 1988, date de la signature du 1er accord de
crédit stand-by jusqu’à ce jour (18 ans), le gouvernement du Cameroun a
conclu avec le Fmi un total de sept (7) accords de crédit d’un montant
global de 530,57 millions de Dts destinés à l’appui ou au financement
des programmes économiques du pays. En exceptant le maigre accord de
financement en cours (24 octobre 2005 – 23 octobre 2008), des six (6)
accords de financement signés pendant la période, un (1) seul a été
exécuté avec succès (20 août 1997 – 20 décembre 2000) avec un montant
total effectivement débloqué de 343,745 millions de Dts, soit un taux
d’échec de 83 %. Comme vous devez le savoir, l’échec d’un programme n’a
pas seulement pour origine les défaillances du pays emprunteur. Le Fmi
a sa part de responsabilité dans ces échecs qui découlent de ses
propres faiblesses notamment idéologiques, méthodologiques et
procédurales se traduisant par le design inapproprié des programmes
supports de vos prêts. Au regard de “ l’intégrisme idéologique ” dont
fait souvent preuve votre institution, de son manque d’humilité
technique et de la présomption de compétence élevée que vous attribuent
nos dirigeants corrompus, vos demi-vérités temporaires pourraient
justifier au moins la moitié de ce taux d’échec. Les ruptures de crédit
qui en ont découlé peuvent valablement être qualifiées d’abusives et
susceptibles de faire l’objet d’actions judiciaires en réparation des
dommages subis par le pays. Ces dommages sont nombreux : plusieurs
camerounais sont morts du fait de vos conseils ; les salaires des
fonctionnaires camerounais ont été réduits de 75 % en 1992 et 1993 ;
depuis lors, l’Etat du Cameroun a déjà recruté plus de 50 000
temporaires par crainte de représailles du Fmi sur la politique de
l’emploi public ; c’est une précarité sociale sans précédent entretenu
par un Etat. Le moment du grand procès contre ces abus d’impérialisme
économique du Fmi n’est pas encore arrivé. Mais ce procès aura lieu
avec les progrès des droits de l’homme et la renaissance africaine.
Au-delà de cet échec global, trois (3) cas pratiques peuvent illustrer
le caractère toxique et nocif des conseils-instructions du Fmi pour le
Cameroun : (a) la réforme de l’impôt sur le revenu des personnes
physiques entrée en vigueur le 1er janvier 2004 ; (b) la stratégie
d’endettement du pays après le traitement de sa dette extérieure ; et
(c) l’abus de financement (accord de prêt du 24 octobre 2005).


a – Réforme de l’impôt sur le revenu des personnes physiques au
Cameroun. La réforme de l’impôt sur le revenu des personnes physiques
au Cameroun qui est entrée en vigueur le 1er janvier 2004, a été
formulée sous le conseil-instruction ferme du Fmi et implémentée par le
gouvernement par l’article 7 de la loi n° 2002/014 du 30 décembre 2002
portant loi de finances de la République du Cameroun pour l’exercice
2003. Le conseil-instruction du FMI s’est traduit en particulier par la
suppression du concept de foyer fiscal ou de ménage fiscal qui
consacrait l’importance de la famille dans les choix sociétaux du
Cameroun. Concrètement, cette conception des experts du Fmi qui est
cohérente avec l’intégrisme fiscal est d’autant plus archaïque et
rétrograde qu’elle détruit l’institution familiale, divise le ménage en
deux (2) parties, ignore le mariage, réprime la natalité et méprise
l’éducation des enfants. Or, la famille occupe une place centrale dans
le processus de progrès économique, social et culturel au Cameroun
comme dans la plupart des pays. Il y a eu, depuis janvier 2004 une
ponction directe sur le pouvoir d’achat déjà assez maigre de chaque
ménage camerounais où les deux époux ont chacun un emploi salarié.
Cette réforme est un cas manifeste de conseil-instruction du Fmi qui
contribue à la régression économique et sociale des Camerounais. La
fiscalité doit être au service de l’économie et de la consolidation du
rôle de la famille et des citoyens dans la société camerounaise. Le
concept de ménage ou foyer fiscal doit être restauré.

b – Stratégie d’endettement du Cameroun après le traitement de sa dette
extérieure. Dans votre rapport du 15 septembre 2000 qualifiant le
Cameroun à l’initiative Ppte (point de décision) vous avez défini la
stratégie d’endettement de notre pays après le traitement de sa dette
extérieure (point d’achèvement) en ces termes : “ New financing would
continue to be highly concessional. The share of debt contracted on IDA
terms (40 years’ maturity, 10 years’ grace and 0.75 percent interest)
is assumed to constitute 60 percent of new borrowing. It is assumed
that the remaining 40% percent would be a mixture of IMF Prgf loans for
the early years and bilateral loans contracted on rather less
concessional terms (25 years’ maturity, 6 years’ grace, and 2 percent
interest)”. Voilà une stratégie d’endettement qui convient à un pays
stationnaire, orienté vers le passé, spécialisé dans quelques produits
de base dont les termes de l’échange sont tendanciellement en
dégradation constante et concentré dans la quête effrénée de l’aide et
des crédits hautement concessionnels. Par anticipation rationnelle,
c’est pour nous la meilleure garantie que le Cameroun repartira à
terme, quémander les retraitements de sa dette extérieure. Or, le
Cameroun, pour mettre le cap sur un progrès économique et social
rapide, doit centrer sa stratégie économique sur l’industrie, la
science et la technologie. Les investissements industriels de progrès
économique et social ne se financent pas avec l’aide et les
concessionnalités. Le problème de la maîtrise de l’endettement n’est
pas déterminé par les niveaux des taux d’intérêts mais par la qualité
de l’utilisation des capitaux empruntés. La norme est très simple,
c’est qu’il ne faut emprunter que pour financer les investissements et
non les dépenses courantes.

c – Financement abusif du Fmi au Cameroun. Après le traitement final de
sa dette extérieure (avril-juin 2006), le prêt que vous avez accordé au
Cameroun le 24 octobre 2005 n’est plus techniquement causé ou justifié.
Nous savons qu’il est cohérent avec la stratégie d’endettement que vous
avez arrêté pour le Cameroun, en s’octroyant d’office des parts de
marché garanties et en privilégiant les financements liés dit
aides-crédits concessionnels. Si le FMI était un conseiller créateur de
valeur pour le Cameroun, il aurait déjà recommandé à nos dirigeants
économiques de ne plus solliciter le déblocage des tranches restantes
d’un crédit qui est le générateur des conditionnalités sans fondement
réel. Nous reconnaissons que le déficit de leadership économique de
l’exécutif camerounais à cet égard vous crée un contexte favorable. Le
caractère économiquement bénéfique a priori du crédit est souvent
dévoyé par une consommation inopportune et nuisible comme c’est le cas
actuellement pour le reliquat du crédit Fmi. Une institution financière
d’excellence et de professionnalisme est normalement mieux outillée
pour s’abstenir d’accorder ou de maintenir des financements sans portée
d’efficience financière vérifiable. Dans cette perspective, l’on
devrait attendre du Fmi qu’il accorde ses financements avec expertise
et mesure. Mais le cas du Cameroun actuellement nous donne les indices
d’un financement abusif dont le maintien par nos dirigeants est
directement proportionnel à leurs craintes, pourtant non fondées, de
représailles de l’impérialisme financier du Fmi. Nous savons bien qu’en
l’absence d’un crédit, le Fmi n’a plus d’emprise sur un pays. Mais en
réalité le Cameroun n’a plus besoin des financements du Fmi. Vous ne
pouvez pas prouver le contraire. C’est un abus de financement.

2 – Portée stratégique limitée de votre assistance technique pour l’Afrique
Voilà trois (3) cas pratiques de conseil et d’assistance technique
nocifs et toxiques pour le Cameroun. C’est généralement le profil des
conseils du Fmi en Afrique. C’est en mai 2002, bien avant votre arrivée
en 2004, que le Fmi avait lancé une nouvelle stratégie marketing de
conquête du marché de formation et d’assistance technique de nos pays
en décidant de la mise en place de cinq (5) centres régionaux
d’assistance technique (Africtacs) en Afrique subsaharienne. Après les
centres de Bamako couvrant l’Afrique de l’Ouest et de Dar es Salaam
concernant l’Afrique de l’Est, aujourd’hui c’est le lancement du centre
de Libreville couvrant l’Afrique centrale qui est effectif. Il n’en
reste que deux

(2). Il apparaît clairement que l’objectif du business plan du Fmi est
de délocaliser son département d’assistance technique en Afrique noire
afin de mieux calibrer les profils cognitifs de nos dirigeants et hauts
fonctionnaires de manière à ce qu’ils puissent accorder une prééminence
et une supériorité durables aux modèles et pratiques du Fmi en matière
de politiques économiques et sociales. C’est déjà le cas dans votre
coalition avec la Banque mondiale dans le cadre du Partnership for
Capacity Building in Africa qui a été créé en 1999 avec l’African
Capacity Building Fondation (Acbf) qui en est l’agence d’exécution.
Mais vous devez savoir que l’Afrique noire n’a pas besoin
prioritairement des politiques économiques orthodoxes et extrémistes du
type Fmi et Banque mondiale. Vous les avez fait appliquer par des prêts
et des conditionnalités depuis les années 80 jusqu’à ce jour sans
succès, comme il fallait s’y attendre. Chacun des pays africains a
besoin d’un couplage explicite et spécifique des politiques économiques
orthodoxes (généralement admises) avec des politiques économiques
hétérodoxes (innovantes et créatives). Les concepts idéologiques, les
modèles, les méthodes et procédures opératoires de conseil et
d’assistance technique du Fmi nous semblent sincèrement inaptes à
satisfaire les besoins des pays africains. Vos centres régionaux
d’assistance technique quel que soit le nombre, nous paraissent dénuer
de toute portée prospective et stratégique pour les mutations
conceptuelles, méthodologiques et procédurales qui sont indispensables
pour le changement de la trajectoire du progrès économique et social en
Afrique.

Veuillez croire, Monsieur le Président Directeur Général, à l’assurance de notre considération distinguée.

Yaoundé, le 09 janvier 2007 

Par Babissakana Chairman & CEO Prescriptor
Le Messager

Le 10-01-2007

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