Est-cela le « libéralisme » à l’africaine, Maître Wade???

Cette horde incessante de jeunes Sénégalais prêts à prendre le large sur des barques de fortune, vers un eldorado rêvé, qui se révèle au mieux carcéral, au pire mortel.

Alors il est tout à fait comprensible que les Sénégalais s’estiment floués par ce "soupi" (changement en wolof) qui les a davantage paupérisé que libéré.

Pauvre Afrique!!!

Au Sénégal, le thème de l’émigration enfièvre le débat présidentiel

LE MONDE | 21.02.07 | 13h51  •  Mis à jour le 21.02.07 | 13h51
KAYAR (département de Thiès) ENVOYÉ SPÉCIAL

Arrivée d'une embarcation d'immigrants africains clandestins à Los Cristanos, dans l'île de Tenerife, en Espagne, le 1er février 2007.   | AP/ARTURO RODRIGUEZ

ace
aux flots furieux qui roulent à perte de vue sur la grève, les pirogues
chamarrées patientent. Février n’est pas propice aux deux spécialités
qui ont rendu célèbre le village de Kayar : la pêche et l’émigration
clandestine. L’océan était plus calme lorsque Badara Fall, un mareyeur
de 35 ans, l’a affronté, en août 2006, après des mois passés à rêver
d’Espagne, la terre promise de la jeunesse sénégalaise.

http://m.fr.2mdn.net/1362612/300x250_1007_porte_150207.swf?clickTag=http://ad.fr.doubleclick.net/click%253Bh%3Dv8/3500/17/b4/%252a/h%253B79249211%253B0-0%253B0%253B15923410%253B4307-300/250%253B20097148/20115042/1%253B%253B%257Esscs%253D%253fhttp://pubs.lemonde.fr/5c/INTERNATIONAL-LEMONDE/index_international/exclu/sponsor/2061118864/Middle1/OasDefault/lm_peugeot_1007_rg02_m1/rg300.html/35323763326233613434346238343130%3Fhttp://www.peugeot.fr/cgi-bin/pppfcwebfr/ppplpindex.jsp%3F_strEntryPage%3Dppplpc4.jsp%26_intNbParam%3D1%26_strParam1%3D_txtPageName%26_strValueParam1%3D6201_00


Cliquez ici !

"Qu’attends-tu ?", serinaient, dans son téléphone portable, ses copains déjà passés de l’autre coté. "Rien ne marche dans ce pays, répète,
comme pour se justifier, cet ancien étudiant en sciences économiques,
dans la chambre vide et sans fenêtre où il loge seul. Là-bas, en deux
ans, tu réussis ta vie : tu construis une maison, tu aides ta famille,
tu emmènes tes parents à La Mecque et tu te maries." Sur la plage,
devant une grosse chaloupe, Badara Fall revit la traversée : les 88
hommes entassés, le mal de mer, la promiscuité, les bagarres, la
terreur la nuit, en pleine tempête. Suivent la joie de revivre sur le
sol des Canaries, le mois d’attente dans le camp de la Croix-Rouge et,
enfin, l’espoir dans l’avion pour Barcelone. Une espérance vite changée
en humiliation : l’avion dans lequel il a embarqué vole en réalité vers
Saint-Louis du Sénégal. Le président sénégalais Abdoulaye Wade a signé
un accord avec Madrid : il accepte les refoulements contre la promesse
de subventions.

"Tu nous as vendus aux Espagnols",
hurlaient des centaines de jeunes lorsque le président est passé à
Kayar voici quelques jours, en pleine tournée électorale pour le
scrutin présidentiel du 25 février, où il sollicite un second mandat.
Brandissant des foulards rouges, ils ont accusé le chef de l’Etat
d’avoir détourné les 13 milliards de francs CFA (19,8 millions d’euros)
promis en compensation par Madrid pour favoriser l’emploi des jeunes.
Badara Fall était au premier rang des protestataires. Il a vu M. Wade,
80 ans, aller au contact des manifestants et, sous les injures, leur
répondre habilement, du haut de son 4 × 4, qu’il trouvait "normale" leur colère.

Dans
un pays dont la moitié de la population a moins de 18 ans et où le
travail salarié est une exception, la question de l’émigration s’impose
pour la première fois parmi les thèmes centraux de campagne. Face aux
opposants qui voient dans la fuite de milliers de jeunes par mer,
depuis deux ans, "le symbole de l’incurie et de l’incompétence du régime", M. Wade professe un "langage de vérité". "L’émigration doit se faire dans les règles, martèle-t-il. Notre
accord avec l’Espagne va permettre d’y faire partir 4 000 jeunes. Les
autres doivent gagner leur vie ici. Je dois les convaincre qu’il existe
une autre solution que de viser l’Espagne et de finir au fond de
l’océan."
Quant aux 13 milliards de francs CFA, ils ne sont pas encore parvenus au Sénégal, a-t-il juré.

Pour
séduire un électorat massivement jeune, les candidats ont fait de
l’émigration un objet de surenchère. Moustapha Niasse (Alliance des
forces de progrès), l’un des challengers sérieux du président, qualifie
les refoulements d’Espagne d’"injure à la jeunesse" et promet de renégocier les accords afin que "20 000 à 30 000 jeunes chaque année" puissent migrer vers l’UE. Quant à Ousmane Tanor Dieng, l’opposant socialiste, il a accusé, le premier, M. Wade d’avoir "vendu les jeunes aux Espagnols" et promis de "casser" les accords avec Paris et Madrid.

Badara
Fall les laisse dire. Commencé dans l’euphorie, le septennat de M.
Wade, avec ses scandales financiers et ses "grands projets" restés dans
les cartons, a sonné le glas de ses illusions. "En 2000, se souvient le mareyeur, Wade haranguait les jeunes dans ses meetings. Il promettait que ça changerait et représentait notre espoir." Elu par la jeunesse, le président sera-t-il remercié par elle ? "La désillusion est totale,
confirme Madjiguène Cissé, animatrice d’un réseau d’associations de
femmes africaines et ex-porte-parole des sans-papiers en France. Mais l’issue du vote est imprévisible car les jeunes ne font pas forcément davantage confiance aux autres candidats."

A
Kayar, un émissaire du président est revenu quelques jours après la
manifestation. Il a promis aux pêcheurs quelques millions de francs CFA
et offert une voiture frigorifique à un groupe de femmes. Mais Badara
Fall assure que rien ne peut plus le faire "voter pour ce vieux qui nous empêche d’aller faire notre vie ailleurs". A l’entendre, après l’élection et avec le retour de la belle saison, la mer et ses promesses reprendront leurs droits.

Les
propriétaires de pirogues pour qui le transport de clandestins est
immensément rentable, proposeront à nouveau leurs services. Pour les
jeunes sans avenir, ce sera encore "Barça ou barsakh" ("Barcelone ou la mort"). Lui-même montre une liasse de photos d’amis installés en Europe : "J’ai dans la tête que je dois repartir. C’est ça que j’ai dans la tête."

Philippe Bernard
Article paru dans l’édition du 22.02.07

Publicités
Cet article a été publié dans Non classé. Ajoutez ce permalien à vos favoris.

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s