Le libéralisme financier, cimétière de l’occident???….

Les occidentaux commenceraent-ils à déchanter de la
globalisation économique et financière??? ou alors leurs meilleurs élèves
seraient-ils entrain de les dépasser dans la gestion et le
contrôle des flux financiers internationaux???

Bref, un nouveau
protectionnisme dit "patriotique", et un tantinet raciste, est en
gestation chez ceux qui se pensaient jusqu’ici comme les seuls
dépositaires de la prospérité du monde, au nom, se plaisaient-ils à
dire, du libéralisme et de la liberté de circulation des capitaux.

Apparemment les chinois, les
russes, les émirats et tants d’autres "nouveaux barbares" de la finance internationale ont très vite et bien assimilés cette
sacro-sainte règle du capitalisme.

Telle l’histoire de l’arroseur arrosé…GDP growth not reaching paychecks

Je vous remercie

Ces Etats qui rachètent la planète,
par Frédéric Lemaître
LE MONDE | 28.08.07 |

Juillet
2005 : le premier ministre français, Dominique de Villepin, prône le
"patriotisme économique". De Londres à Bruxelles, les condamnations
sont unanimes. Août 2007 : la chancelière allemande, Angela Merkel,
annonce un projet de loi pour "préserver les intérêts nationaux face à
des investissements étrangers problématiques". Personne ne s’en
offusque. Pourquoi cette différence ? Parce qu’en deux ans, la
perception de la mondialisation a changé.

Pendant deux
décennies, globalisation a rimé avec libéralisation et privatisations.
C’est fini ou presque. Demain, par un étrange retournement de
situation, globalisation rimera de plus en plus souvent avec
nationalisations. A un important détail près : les entreprises ne
seront plus la propriété de l’Etat dans lequel elles ont vu le jour,
mais appartiendront aux nouveaux banquiers de la planète : la Chine, la
Russie, la Norvège, les pays du Golfe persique notamment.

En
effet, grâce à l’augmentation du prix des matières premières ou à leurs
excédents commerciaux, ces pays ont de l’argent. Beaucoup d’argent.
Longtemps, ils se sont contentés de le gérer en pères de famille,
achetant notamment des bons du Trésor américain. Puis, constatant que
la Bourse offrait sur le long terme un meilleur rendement, nombre
d’entre eux ont acquis des actions, prenant ici ou là des
participations dans des entreprises privées. De prêteurs, ils
devenaient propriétaires. Mais, actionnaires souvent très minoritaires,
ils n’intervenaient pas dans la gestion, se contentant d’engranger les
dividendes. Ainsi, le fonds de pension du gouvernement norvégien, qui
gère la bagatelle de 300 milliards de dollars (219,5 milliards d’euros)
d’actifs, est présent au capital d’environ 90 sociétés françaises, mais
il n’en détient quasiment jamais plus de 1 %.

Cela pourrait
devenir une exception. Le fonds d’investissement de Dubaï vient de
prendre 9,5 % de MGM Mirage, la société du milliardaire Kirk Kerkorian,
qui possède le tiers des casinos et la moitié des chambres d’hôtels de
Las Vegas. Par ses différentes filiales, le même fonds possède 3,12 %
d’EADS. Il n’hésite pas à s’opposer aux autorités suédoises pour
racheter OMX, une des Bourses d’Europe du Nord. Le fonds du Qatar est,
lui, prêt à débourser 24 milliards de dollars pour acquérir la chaîne
de supermarchés britannique Sainsbury.

Ces fonds ne sont pas
une nouveauté : l’émirat du Koweït a créé le sien en 1960. Temasek, le
fonds de Singapour, a vu le jour en 1974. Mais leur montée en puissance
et leur activisme naissant changent la donne. Selon une récente étude
de la banque Morgan Stanley, ces fonds publics (dits souverains) qui
gèrent aujourd’hui environ 2 500 milliards de dollars – dont le tiers
provient du seul fonds des Emirats arabes unis – pourraient, dès 2015,
gérer 12 500 milliards de dollars !

En Russie, un "fonds des
générations futures" verra le jour le 1er février 2008. Doté chaque
année d’une quarantaine de milliards de dollars provenant de la manne
pétrolière et gazière, il fera ses emplettes à l’étranger, comme
Gazprom a tenté de le faire en essayant de mettre la main sur Centrica,
principal distributeur britannique de gaz.

Mais c’est surtout
la Chine qui inquiète. Forte de ses gigantesques réserves de change
(environ 1 200 milliards de dollars), Pékin a annoncé qu’un fonds
public consacrerait environ 300 milliards chaque année à des
investissements à l’étranger. Un record absolu dans les relations
internationales. Recalculé en tenant compte de l’inflation, le plan
Marshall lancé par les Etats-Unis pour reconstruire l’Europe après 1945
se monterait aujourd’hui, selon les experts, à environ 100 milliards de
dollars. Avec 300 milliards par an, la Chine pourrait, par exemple,
s’offrir en cinq ans l’ensemble des entreprises françaises qui
composent le CAC 40.

Pékin a déjà fait sensation en juin en
acquérant pour 3 milliards de dollars 10 % du puissant fonds
d’investissement américain Blackstone, actionnaire de nombreuses
entreprises, notamment Deutsche Telekom.

BRAS SÉCULIER DE LEUR GOUVERNEMENT

Du
coup, l’Occident s’interroge. Au nom du libéralisme et de la liberté de
circulation des capitaux, faut-il laisser des Etats étrangers faire
leur marché et mettre la main sur les technologies occidentales ?
Hormis le fonds norvégien, les autres fonds souverains ont une gestion
souvent opaque et sont en fait le bras séculier de leur gouvernement.
Dans un entretien accordé en juillet au quotidien Handelsblatt, Angela
Merkel n’avait pas caché le fond de sa pensée : "La question est de
savoir si la prise de participation d’un fonds doté de capitaux publics
n’est pas liée à la volonté d’exercer une influence politique."

L’Allemagne
n’est pas la seule à s’inquiéter. Les Etats-Unis, si heureux que les
Chinois leur prêtent de l’argent, ne voient pas d’un bon oeil leurs
acquisitions. Après avoir bloqué le rachat du pétrolier Chevron par le
chinois Cnooc et le rachat de cinq ports par le fonds de Dubaï,
Washington a décidé au début de cette année de renforcer le rôle du
comité chargé de contrôler les investissements étrangers dans les
domaines sensibles (transport, télécommunications, énergie, santé).
Lorsque l’acquéreur sera tout ou partie contrôlé par un Etat étranger,
ce comité disposera de quarante-cinq jours pour étudier le dossier. Le
directeur du renseignement national sera obligatoirement consulté et le
Congrès sera informé du résultat de ces investigations. Les secrétaires
d’Etat au Trésor et à la sécurité nationale devront donner leur accord.

Signe
du changement intervenu depuis deux ans : s’il semble déplorer
l’initiative allemande, le commissaire européen au commerce, le
Britannique Peter Mandelson, envisage de créer une "golden share
européenne". Même le Fonds monétaire international s’y met. Sa
prochaine réunion annuelle, en octobre, se penchera sur les fonds
souverains, susceptibles, selon l’un de ses dirigeants, de menacer "la
stabilité globale". C’est aussi l’avis de Morgan Stanley, qui juge que
les tensions entre les pays émergents et les pays développés sur cette
question pourraient "saper la mondialisation".

L’Occident va
avoir fort à faire pour ne pas être accusé de racisme larvé. L’opacité
des fonds souverains n’est pas plus grande que celle des hedge funds
(fonds spéculatifs) et des fonds d’investissement qui font la fortune
de la City et de Wall Street. Et s’ils sont le bras armé de leur
gouvernement, on ne jurerait pas que certains groupes américains ou
européens ne jouent pas un rôle équivalent dans leurs pays respectifs.
Sur ce dossier, l’Occident est donc bel et bien sur la défensive.
Normal : pour la première fois, ce n’est plus lui qui tient les cordons
de la bourse.
Frédéric Lemaître

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