De l’importance du développement participatif et de la planification au Cameroun

Dr. Raymond Ebale

J’espère qu’une grande partie de l’opinion camerounaise, et partant de la société dite civile camerounaise, ne découvre pas l’importance du développement participatif et de la planification qu’avec l’arrivée messianique de son "Excellence monsieur le Ministre" Louis Paul Motaze, à la "tête du très stratégique ministère de l’Economie, de la Planification et de l’Aménagement du territoire". Sinon ce serait très dramatique.

Relisez l’histoire économique du Cameroun depuis son indépendance, et vous verrez que la planification a toujours été le moteur de la politique de développement de notre pays. Quelques plans pourraient d’ailleurs rafraîchir votre mémoire:

– Les Perspectives du Cameroun en l’an 2000.

– Le Cinquième Plan de Développement Economique et Social du Cameroun.

– Le plan Directeur d’Industrialisation du Cameroun.

Croyez-vous que l’initiateur desdits plans, qui au passage a aussi été Directeur Général de la CNPS pendant 17 ans, après avoir lui-aussi été en charge de l’élaboration et de la mise en œuvre de la politique économique de la nation, n’était point "l’Homme de la situation"???

Alors Dr. Raymond Ebale, vous seriez plus avisé à faire preuve de modestie. Car le décret présidentiel du 7 septembre 2007 qui précise les missions du nouveau ministre de l’Economie, de la Planification et de l’Aménagement du territoire ne l’empêchera pas:

– ni de signer en décembre prochain les Accords de Partenariat Economique (APE) entre l’Union européenne et la zone Cemac, malgré les réserves émises par la société civile et l’Union africaine,

– ni de souffrir de "la sclérose, de l’apathie", voire "de l’indolence" prêtée à de l’administration camerounaise. Cette même adminstration qui, faut-il le rappeler, peut aussi mettre son énergie et son talent au service de Notre combat contre le sous-développement,

Dr. Raymond Ebale, votre "Excellence" apprendra certainement à ses dépens, que le  soutien "d’un mentor", fût-il le président Paul Biya, ne suffit pas à lui-seul à transformer un "PPTE" en "pays à revenu intermédiaire", encore moins, en pays émergent.

Et croyez-moi, Docteur, cela fait toute la différence dans un processus de négociation internationale. Dès lors, tout ne saurait se résumer, je cite, à "l’obscurantisme des choses économiques internationales" que vous prêtez à l’ancien ministre de l’économie et des finances M. Abah Abah, du moins à "quelques cadres du Minefi".

Vous savez, Dr. Raymond Ebale, c’est bien plus complexe que cela…

Je vous remercie

Quotidienmutations
VOUS | 14 Sep 2007


Développement participatif : La planification passera par la société civile


Lettre ouverte à M. Louis Paul Motaze, nouveau ministre de l’Economie, de la Planification et de l’Aménagement du territoire.
Par Dr. Raymond Ebale*


Excellence monsieur le Ministre,
Comme
une grande partie de l’opinion camerounaise, nous saluons votre arrivée
à la tête du très stratégique ministère de l’Economie, de la
Planification et de l’Aménagement du territoire. Stratégique d’abord
dans la mesure où c’est ce département ministériel qui détient
désormais la clé du vaste programme de redressement de l’économie
camerounaise à l’horizon 2011, en attendant de voir venir. Stratégique
ensuite en ce sens que depuis la plongée de notre pays dans la crise
économique à la fin des années 80, le Président Paul Biya n’a cessé de
tatillonner autour de ce ministère pour trouver la véritable forme à
lui donner et surtout l’homme pouvant incarner le projet. Pour preuve,
ce portefeuille n’a cessé de se balader d’un rattachement ministériel à
un autre, tantôt avec les Finances, tantôt avec l’Aménagement du
territoire comme cela est le cas depuis 2004. Ceci a provoqué un
gaspillage d’énergie et de temps qu’il sera à mon avis impossible de
rattraper.

Aussi, au regard de votre précédent à la Cnps et
davantage que le président de République, les Camerounais voient déjà
en vous l’homme de la situation. Votre diligence et votre dextérité au
travail augurent à priori des lendemains optimistes.

Cependant,
Excellence, vous héritez là d’un mastodonte dont la conduite risque ne
pas être aisée si vous ne faites pas preuve d’une vigilance à toute
épreuve et si vous ne rompez pas complètement avec certaines méthodes.

Dans
le décret présidentiel du 7 septembre qui précise vos missions, il est
écrit que vous êtes " chargé de l’élaboration et de la mise en œuvre de
la politique économique de la nation ainsi que de l’aménagement du
territoire ". En matière économique notamment, il est écrit que vous
êtes " responsable de la cohérence et de la coordination des actions
engagées avec divers partenaires internationaux et bilatéraux dans le
cadre du programme de redressement et de relance économiques ".

Le
décret stipule ainsi que le suivi des affaires de la Banque Mondiale,
de l’Union européenne, de la Banque Africaine de Développement, de la
Banque Islamique de développement et de la coopération sous régionale
et internationale vous incombe. Ceci signifie en clair que vous serez
désormais responsable de la mise en œuvre efficiente de tous les
projets et programmes en cours d’élaboration avec ces divers
partenaires.

Et c’est sur ce dernier aspect que je voudrais attirer
votre attention et vous interpeller au regard du rôle clé que ces
diverses institutions jouent dans les tentatives de notre pays
d’éradiquer la pauvreté et de sortir de la crise.

Ainsi depuis le
Document de Stratégie de Réduction de la Pauvreté (Dspr) jusqu’à la
pléiade de programmes en cours avec nos partenaires extérieurs,
Excellence, je voudrais vous mettre en garde en vous disant que
beaucoup de dérapages ont été observés dans le jeu de vos prédécesseurs
et ont oblitéré l’efficacité des actions à menées et la production de
résultats tangibles. Parmi ces dérapages que vous devez rapidement
corriger pour votre survie, figure le rejet et la mise à l’écart de la
société civile nationale.

Non pas cette société civile
administrative, politique, manipulable, intéressée et partisane, mais
la véritable société civile, celle libre, pensante, participante, qui
fait des critiques constructives, fait des propositions concrètes et
s’engage quand le moment le demande. Cette société civile, bien que
très composite, poursuit néanmoins un seul idéal, celui du changement
et de l’avancée de notre pays vers des lendemains meilleurs. Elle est
très diversifiée car on y rencontre une expertise venant de tous les
domaines : universitaires, journalistes, cabinets d’expertise,
association et ONG ayant fait et faisant encore des preuves sur le
terrain…

Pour étayer mon propos, Excellence, j’en viens
particulièrement à un dossier brûlant dont vous héritez et qui est
celui des Accords de Partenariat Economique (APE) en cours de
négociation entre l’Union européenne et la zone Cemac.

Voilà un
dossier ultra sensible qui engage la vie des millions d’individus de la
sous région et qui s’est retrouvé ces trois derniers années, ô par quel
alchimie, entre les mains du défunt ministère de l’Economie et des
Finances. Depuis cette date avec la mise en place du très discutable
Comité National de Suivi des Négociations APE, quelques cadres du
Minefi en ont fait leur affaire personnelle au détriment d’autres
énergies, notamment cette société civile que j’évoquais précédemment et
dont la contribution aurait pourtant conduit à un moindre fiasco.

Profitant
d’un ministre de bonne foi mais dans l’obscurantisme des choses
économiques internationales, ces "experts" n’ont trouvé autre chose que
de former autour de leur patron un mur de fer pour des raisons dont eux
seuls ont jusqu’à ce jour le secret. Etant de tous les voyages mais
ignorants presque tout des mécanismes élémentaires de la coopération
ACP-UE en général et Cameroun-UE en particulier, ce sont ces cadres
qui, dans un processus de manipulation de M. Abah Abah, vont le pousser
à avaliser la signature, en décembre prochain probablement, des APE et
ce malgré les réserves émises par la société civile et l’Union
africaine et les inquiétudes renouvelées du chef de l’Etat lui-même le
16 juillet dernier dans son audience accordée à M. Peter Mandelson,
Commissaire européen en charge du commerce.

Ce dossier, très
sensible, dont vous prenez aujourd’hui la charge, constitue le tout
premier sur lequel doit se focaliser votre attention et votre énergie
dans le cadre des programmes avec nos partenaires au développement et
notamment l’UE, tout comme celui relatif à la programmation du 10ème
FED en cours d’élaboration. Car des loups ravageurs sont tapis dans
l’ombre de ce dossier et n’attendent que le bon moment pour vous
dévorer comme ils l’ont fait avec votre prédécesseur, trop occupé qu’il
était à ne regarder qu’aux choses financières au détriment des
questions économiques.

De toute évidence, la société civile
camerounaise reste fidèle à sa position, qui est celle d’une remise en
question des APE dans leur configuration actuelle compte tenu d’une
part de la manière avec laquelle le processus de négociation a été
diligenté par l’équipe Abah Abah, manière faite de secret, d’opacité,
de légèreté et d’incompétence notoire, et d’autre part en considération
de l’actualité internationale du dossier à la fois au niveau africain
et de l’OMC.

Excellence, au regard de l’évolution actuelle du
monde, de l’état de notre pays et du processus démocratique qui y est
en cours, il est un message que nous sommes en devoir de vous adresser
dans la conduite du département ministériel qui est désormais vôtre.
C’est que vous avez intérêt à composer avec la société civile ou vous
mourrez. Car pour l’heure, c’est dans cet espace que se trouve une
bonne partie des idées et des ressources dont vous aurez besoin pour
réussir votre mission. La sclérose, l’apathie, l’indolence et l’inertie
de l’administration camerounaise vous obligent à cette démarche tout
comme l’ensemble de vos collègues du gouvernement.

Votre
mentor, le président Paul Biya, se voit lui même dans cette vision qui
doit sans cesse guider votre action. Dans un récent discours à la
nation, il affirmait en effet que " l’intérêt supérieur du pays
exigeait le plus large rassemblement possible de tous ceux qui sont
déterminés à mettre leur énergie et leur talent au service de notre
combat contre le sous-développement ". Pour lui, l’idée de démocratie
se conjugue à " faire converger les forces venues de différents
horizons, mais qui s’accordent sur l’essentiel, c’est-à-dire sur la
primauté de l’intérêt général ".

Que ces paroles raisonnent sans
cesse dans votre mémoire pour asseoir votre vigilance à la tête du
ministère de l’Economie, de la Planification et de l’Aménagement du
territoire.
Ainsi, à nos marques, prêts, partons !
Bonne réussite et que Dieu vous bénisse.

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