Sankara : l’impossible pardon

Comme L’afrique du Sud de Nelson Mandela et Frederik Willem de Klerk nous ont montré, "Le Pardon" n’a de  valeur en politique que si le tortionnaire d’hier, le bourreau d’hier, le sanguinaire d’hier, le tyran d’hier décide(nt) véritablement de "confesser" son ou ses crimes, et de tourner définitivement la page du totalitarisme en acceptant les règles de la démocratie.

Malhereusement force est de constater que Blaise Compaoré n’éprouve toujours aucun remords vis-à-vis de son ou ses crimes d’hier et d’aujourd’hui;  pas plus qu’il n’accepte de jouer pleinement le jeu de la démocratie au Burkina Faso. 

Alors parler de "pardon" dans son cas serait lui faire un très grand honneur. Car il n’en comprendrait vraisemblablement pas le sens et la portée.

Je vous remercie



Sankara : l’impossible pardon


Lorsque l’on vint annoncer à Amilcar Cabral que sa vie ne tenait
vraiment qu’à une aiguille à cause de la prolifération des traîtres
dans les rangs des camarades du Paigc qui combattaient le colonialisme
portugais sous sa conduite, il eu cette réaction : quelle que soit la
main qui m’abattra, ce sera la main de l’impérialisme. Plusieurs années
plus tard, lorsque de nombreux militants révolutionnaires inquiets
devant les informations de plus en plus précises sur les plans de
Compaoré alertèrent Thomas Sankara sur son possible assassinat par son
bras droit, compagnon de la première heure et frère d’arme, il eu cette
réponse : si c’est Blaise qui veut me tuer, alors c’est inutile de vous
déranger, parce que aucune protection ne m’épargnera et rien ne
s’opposera à l’exécution de son plan. J’irai l’attendre au ciel.


Ces déclarations sont sans doute mal reformulées, mais elles
correspondent à tous les témoignages des camarades et hauts
responsables de l’équipe dirigeante de la révolution burkinabé. Ces
enfants terribles envisageaient, depuis ce brave pays des hommes
intègres, de changer le cours du destin de tout un continent et de lui
rendre un peu de sa dignité.


L’anniversaire de la mort de Thomas Sankara, ne peut pas passer dans
l’actualité comme un banal événement, même si par ici, on a pris
l’habitude, dans toutes les structures officielles d’information, de
garder un silence qui en dit long ou tout simplement de l’évoquer d’une
manière insignifiante. Si la recherche des auteurs d’un crime devait
dépendre de l’analyse de la coloration idéologique des attitudes des
multiples complicités qui façonnent les relations internationales, il
n’y aurait aucune peine à pointer du doigt ceux qui ont ôté la vie à
Sankara. Nous avons depuis compris, et il faudrait s’en féliciter, que
même si la presse à capitaux privés souffre de multiples tares et de
toutes sortes d’imperfections, elle a au moins le mérite de représenter
pour le peuple, la seule vraie source d’enseignement de son histoire.
Là où les médias officiels se taisent parce qu’ils sont logiquement le
prolongement des intérêts néocoloniaux qui à travers des régimes
fantoches, ont brisé l’élan du nationalisme africain en mettant à mort
les Ruben Um Nyobé, Marien Ngouabi, Patrice Lumumba, Ernest Ouandié,
Abel Kingué, Rudolphe Douala Manga Bell, Martin Paul Samba, Roland
Félix Moumié, Cabral, Biko, et tous les autres inconnus, la voix de la
presse indépendante à sa manière, nous replace dans les souvenirs
vivants de nos martyrs.


La pire des souffrances est celle qui consiste à vouloir vous enlever
de la tête les convictions les plus intouchables sur les origines de
vos problèmes. Que le monde entier, un certain monde, en soit, en ce
vingtième anniversaire de l’assassinat de Thomas Sankara, à créer des
confusions voire des zones d’ombres sur les circonstances et les
auteurs ou l’auteur de cet acte odieux aggrave l’intensité de nos
larmes, et nous fait réaliser combien, nous n’avons que peu de contrôle
sur les moyens de communication.


L’Assassin de Thomas Sankara n’est pas si loin et si inconnu que l’on
veuille nous le faire croire par mille astuces mal montées. Blaise
Compaoré n’a jamais fait mystère, de façon implicite ou explicite, sur
sa propre culpabilité dans l’acte. Le brave parachutiste rêvait depuis
le premier jour, d’éliminer tous ses trois compagnons d’armes, à
savoir, Sankara, Ligani et Zongo (à ne pas confondre avec le
journaliste Norbert Zongo, lui aussi lâchement assassiné). Il les a tué
l’un après l’autre. 


Si pour les deux derniers les choses furent très faciles, ce ne fut pas
si évident pour le camarade Président Sankara. En effet Compaoré qui
n’était pas vraiment très sûr de réussir son coup, avait apprêté un
petit avion qui l’attendait à l’aéroport au cas où l’affaire foirait.
Le coup d’Etat ne doit d’ailleurs sa réussite qu’à la bravoure et aux
qualités militaires révolutionnaires de Sankara. 


La vie et la mort de Sankara appellent à des enseignements profonds et
consistants pour tous les nationalistes africains, et posent le
problème plus profond de la tactique et de la stratégie dans les
mouvements populaires de construction politique et de réalisation
nationale. En assoiffé de pouvoir sans pitié certainement déjà lié à
l’époque aux puissances étrangères impérialistes, Compaoré s’arrangea
d’abord à obtenir la complicité de Ligani et de Zongo pour éliminer
Sankara, avant de procéder ensuite à la liquidation de ces derniers
dans la même logique satanique et impitoyable.


Dans de nombreux mouvements populaires, les drames des leaders
conducteurs d’espérance et porteurs des ambitions de toutes sortes au
nom de la communauté, résultent généralement de leur naïveté. Il ne
s’agit pas de dire que Sankara était naïf, mais plutôt de soutenir que
sa propension à ne pas tirer toutes les conséquences des contradictions
ouvertes entre les camarades de lutte était une inacceptable erreur.


Le malheur de l’Afrique puise beaucoup dans cette vision romantique des
contradictions, où l’on confond la famille avec le pouvoir, et les
intérêts de tout un peuple avec le porte-monnaie d’un individu. Comment
pouvons-nous avancer aujourd’hui, en traitant les différences cruciales
qui engagent notre destin avec autant de légèreté ?


Sankara arrive à point nommé, pour s’imposer comme la conscience de
tout un courant d’espoir naissant et idéologiquement transformateur.
Les actes que pose ce jeune dirigeant, choquent les grandes puissances
coloniales et fragilisent du coup tous les voisins corrompus. Que l’on
le veuille ou non, on ne pense pas du tout en bien de lui à Abidjan,
Lomé, Kinshasa, Bangui, Nairobi et autres. Croire aujourd’hui que
l’Afrique n’aura vécu qu’une des parenthèses de son histoire trouble
avec le pouvoir de Sankara, c’est insulter tout ce que les peuples ont
de plus précieux.


Dans le contexte de l’installation de monsieur Sarkozy à la tête de la
France, et particulièrement de sa sortie controversée de Dakar, nous
devons encore plus nous pencher sur le phénomène Sankara. Il nous
souvient que Sarkozy s’est rendu à Dakar pour nous traiter à la limite
de lâches, de paresseux et de prédateurs, pour ensuite dire qu’il ne
viendrait pas changer notre destin à notre place. Il nous souvient
encore et mieux, que Mitterrand prononça à La Baule, un discours plein
de bonnes intentions et de promesses pour des lendemains d’une nouvelle
coopération plus honnête prenant en compte les exigences de
démocratisation et du respect des droits de l’homme.


Dans le premier cas, Sarkozy est allé le lendemain à Libreville
embrasser Bongo en le félicitant pour être un ami fidèle de la France
coloniale. Dans l’autre cas, Mitterrand renvoya sans ménagement Jean
Pierre Cot, son ministre de la Coopération, parce que ce dernier avait
osé critiquer les potentats pro français du continent et proposer la
fin des réseaux mafieux. Nous devons comprendre une fois pour toute que
dans la compétition que se livrent les peuples et les nations, tous les
discours demeurent de simples outils d’endormissement et de corruption
des esprits faibles et des opprimés. Il n’y a pas de place pour les
naïfs dans le long terme, et encore moins pour les romantiques et les
adeptes de la charité empoisonnée.


Sankara fut le symbole continuateur des premiers martyrs qui ayant
compris cette vérité, payèrent de leurs vies à l’instar d’un Patrice
Emery Lumumba. Nous ne devons absolument pas, et pour aucune raison
fut-elle divine, travestir la vérité ni avoir peur de montrer du doigt
les coupables. Devenir président en ayant tué des amis, des
compatriotes, des personnes humaines, n’est pas et ne saurait être un
motif de célébration. Ceux qui à Ouagadougou célèbrent cette révolution
de trahison d’un homme qui n’a jamais eu ni cœur ni sentiment ni
loyalisme attisent les flammes de la vengeance qui ne tarderont pas à
les brûler. L’adage selon lequel qui tue par l’épée mourra par l’épée
n’a jamais été aussi sollicité. Tous les autres coups d’Etat pourraient
passer pour pertes et profits, mais pas celui-ci. Tant qu’il restera un
Africain sur la planète, Compaoré payera pour cet assassinat.
 

Par Shanda Tomne 

Le Messager

Le 17-10-2007Blaise Compaoré (Président du Burkina Faso)

Après
avoir non seulement perpétré un putsch contre l’ancien président
burkinabé, Thomas Sankara, présenté alors comme son ”frère”, Blaise
Compaoré, qui a surtout supervisé cet assassinat, n’éprouve aucun
remords pour fêter avec faste le 20è anniversaire de son arrivée
ensanglantée au pouvoir. 

Visiblement bien installé au pouvoir, non sans
au préalable “ rectifier ” ses compagnons de la révolution, le
président-pustchiste a, depuis, troqué le treillis militaire au smoking
d’un chef d’Etat civil. Souvent accusé de soutenir des mouvements
insurrectionnels, il multiplie des stratégies pour s’accrocher au
pouvoir, en changeant la constitution à sa guise. Là où le bât blesse,
c’est quand le sanguinaire d’hier se prend désormais pour un “ sage
africain ”, en s’impliquant dans la résolution des conflits à travers
le continent. Même s’il peut toujours compter sur l’appui des adeptes
du colonialisme et du néo colonialisme, ce dernier gagnerait à lire la
Bible, non sans se remémorer que : “ Qui tue par l’épée, périt par
l’épée ”.

La Nouvelle Expression

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