Les lamentations téléphoniques des vieux nègres africains auprès du nouveau maître français

"Des dirigeants africains rejettent les propos de M. Bockel…" (
LE MONDE 19.01.08)

Omar Bongo et Nicolas Sarkozy à Libreville, juillet 2007 (Reuters)



Jean-Marie Bockel,  secrétaire d’Etat français à la coopération,
connaîtra-t-il le même sort que Jean-Pierre Cot en 1982, après "les
lamentations téléphoniques" des vieux nègres Paul BIYA (Cameroun),
Denis Sassou N’Guesso (Congo) et Omar Bongo (Gabon)….auprès du
nouveau "maître" de l’Elysée???

Bien malin celui qui saurait nous éclairer sur la teneur de la
"Rupture" Sarkozyste en Françafrique; plus précisément, celui qui
saurait nous délimiter la frontière entre l’acceptable et
l’inacceptable dans cette vieille relation parternaliste et
néo-coloniale que la France entretient depuis presqu’un demi siècle
avec ses anciennes colonies du précarré africain…

Bref, l’interdépendance néo-coloniale a encore de beaux jours devant
elle en Afrique, malgré la globalisation économique et financière.

Et gare à celui ou à celle qui se laisserait prendre, voire piéger, par
un élan objectif de démocratisation, de bonne gouverrnance,
d’humanisme, voire de sentimentalisme à l’égard du précarré
africain…Il ou elle pourrait y laisser, au mieux son portefeuille
ministériel, au pire sa vie.

Ainsi va la françafrique des Paul Biya, Denis Sassou N’Guesso, Omar
Bongo et autre Idriss Deby…Souhaitons pour l’intérêt mutuel des
français et des africains que Jean-Marie Bockel ne paye pas son
franc-parler à leurs dépens.

Je vous remercie


Des dirigeants africains rejettent les propos de M. Bockel


LE MONDE | 19.01.08 |

La charge de Jean-Marie Bockel, secrétaire d’Etat français à la
coopération, contre le "gaspillage des fonds publics" par certains
régimes africains et le retard mis par Nicolas Sarkozy à concrétiser sa
promesse d’une rupture avec les turpitudes de la "Françafrique" a
suscité la colère dans plusieurs palais du continent noir.

Les présidents Paul Biya (Cameroun), Denis Sassou N’Guesso (Congo)
et Omar Bongo (Gabon) ont appelé l’Elysée pour protester contre les
propos tenus par M. Bockel dans Le Monde daté mercredi 16 janvier, puis
lors de ses voeux à la presse. "La rupture tarde à venir, avait-il
déclaré dans notre édition. Il y a encore trop de rentes de situation,
trop d’intermédiaires sans utilité claire, trop de réseaux parallèles
pour permettre un partenariat assaini, décomplexé, d’égal à égal. La
"Françafrique" est moribonde. Je veux signer son acte de décès."

La réaction la plus vive est venue du Gabon, dont le président,
Omar Bongo, a jugé "inacceptables" les propos du secrétaire d’Etat
français. Vendredi, dans un communiqué, le gouvernement gabonais a
exprimé sa "surprise" à l’égard "des clichés méprisants faisant des
Etats africains de vulgaires mendiants sollicitant sans fin l’aumône de
la France".

"Cette attitude (est) d’autant plus inacceptable quand on sait les
avantages que tirent la France et les autres Etats occidentaux de leurs
rapports économiques depuis toujours, avantages mutuels par ailleurs",
note un communiqué du conseil des ministres, présidé par M. Bongo.
Celui-ci, au pouvoir depuis quarante ans, a été cité dans le scandale
pétrolier Elf, mais aussi dans le règlement de plusieurs crises
africaines. Il est l’un des derniers symboles des relations
franco-africaines postcoloniales. Le Gabon menace de se tourner vers
"des partenaires plus respectueux de la dignité de ses peuples et de la
souveraineté" des Etats africains.

Vendredi après-midi, M. Sarkozy a paru soutenir son secrétaire
d’Etat en déclarant : "L’Afrique a changé, et la relation de la France
avec l’Afrique doit aussi changer." Le président français souhaite "une
action plus proche de la société civile" et "attend de nos ambassadeurs
des propositions précises à cet égard", chargeant M. Bockel d’en
dresser "la synthèse".

Philippe Bernard

Article paru dans l’édition du 20.01.08



Jean-Marie Bockel, secrétaire d’Etat français à la coopération

"Je veux signer l’acte de décès de la "Françafrique""


LE MONDE | 15.01.08 |



Six mois après l’élection de Nicolas Sarkozy, il semble que rien
n’ait changé dans les relations entre la France et l’Afrique,
contrairement aux promesses de rupture faites pendant la campagne
électorale. Le ministre d’ouverture que vous êtes accepte-t-il ce statu
quo ?

C’est justement parce que je suis un ministre d’ouverture et que j’ai
adhéré au discours de Nicolas Sarkozy sur l’Afrique que je souhaite que
les choses changent. Or la rupture tarde à venir. Il y a encore trop de
rentes de situation, trop d’intermédiaires sans utilité claire, trop de
réseaux parallèles pour permettre un partenariat assaini, décomplexé,
d’égal à égal. La "Françafrique" est moribonde. Je veux signer son acte
de décès. Il ne s’agit pas de faire la morale, mais d’aider au
développement. Or, à cause de défauts de gouvernance dans certains
pays, notre politique de coopération, malgré de multiples réalisations,
ne permet pas des progrès à la hauteur des efforts consentis.



Comment expliquez-vous ce manque d’efficacité ?

La mauvaise gouvernance, le gaspillage des fonds publics, l’incurie
de certaines structures administratives ou politiques, la prédation de
certains dirigeants, tout le monde connaît ces facteurs ou les imagine.
Au total, sur 100 milliards de dollars annuels d’aide pour l’Afrique,
30 milliards s’évaporent. Certains pays ont d’importantes ressources
pétrolières, mais leur population n’en bénéficie pas. Est-il légitime
que notre aide soit attribuée à des pays qui gaspillent leurs propres
ressources ? Il faut donc revoir les conditionnalités, évaluer
l’efficience de notre aide.



A quels pays pensez-vous ?

Je ne suis pas là pour montrer du doigt tel ou tel chef d’Etat. Ce
serait contre-productif. Mais il serait intéressant d’écouter non
seulement les dirigeants, mais aussi les sociétés civiles dire ce
qu’elles pensent de l’efficacité de notre aide.

Justement, le régime gabonais d’Omar Bongo vient de "suspendre" les
organisations de la société civile qui critiquent l’opacité de sa
gestion des revenus pétroliers…

Le président du Gabon est un ami de longue date de la France. Sur
la liste des pays problématiques, je ne le placerais pas en tête. Mais,
sous réserve de vérification, je regrette cette décision.



Que pensez-vous de la décision du parquet de Paris de stopper
l’enquête sur les "biens mal acquis" par certains chefs d’Etat
africains ?

Pour faire évoluer les choses, on peut provoquer le conflit. Ma méthode
est différente, forte et pédagogique, non idéologique. Il s’agit de
conditionner notre aide à une bonne gouvernance, faire comprendre à
l’opinion et aux dirigeants que ce serait plus efficace. Dans les
accords de partenariat, nous pouvons demander un engagement de
transparence sur l’utilisation des ressources en matières premières,
exiger qu’une partie de la rente pétrolière soit utilisée dans les
projets que nous aidons. Encore faut-il qu’on se tienne à cette ligne.
Je suis en dialogue avec le président de la République à ce propos. Le
moment est venu que je sois soutenu jusqu’au bout.



Auriez-vous du mal à vous faire entendre ?

Le président a fixé un cadre au niveau du discours. Le moment est
venu d’une piqûre de rappel pour aller plus loin dans la démarche de
rupture et mettre nos principes en actes. Tuer les petites pratiques
moribondes et renouveler notre manière de dialoguer avec les Africains.
Le président sera en Afrique à la fin de février : c’est le bon moment.



L’un de vos prédécesseurs, Jean-Pierre Cot, ministre de la
coopération, a dû démissionner, en 1982, après avoir cherché en vain à
changer les relations entre la France et l’Afrique. Ne courez-vous pas
le même risque ?

C’est un vieil ami. Il s’est vite isolé et n’a pas forcément fait la
bonne analyse. Moi, je suis avant tout un pragmatique. Je sais gérer
les gens, les budgets, les contradictions. Je sais qu’on ne décalquera
pas du jour au lendemain notre morale en Afrique. Je sais aussi que
l’Afrique est le continent de demain, et qu’il en va de l’intérêt de la
France de mettre en oeuvre cette rupture. La jeunesse africaine
l’attend.

Propos recueillis par Philippe Bernard

Article paru dans l’édition du 16.01.08

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