Le Boycott international des Jeux Olympiques de Pekin, seule réponse de poids à la répression aveugle des tibétains…

"Le défilé de colonnes chinoises est impressionnant"

Propos recueillis par Julie Connan
Le Figaro.fr 17/03/2008 | 

.

Jean-Jacques
Mével, correspondant du Figaro à Pékin, s’attend à une réaction encore
plus violente de la Chine à l’égard du Tibet, au mépris de la
communauté internationale.

(Photos AFP et AP)

Edito du Monde

Etat de siège au Tibet

LE MONDE | 15.03.08 |

C’était
l’accident tant redouté par Pékin. Depuis des mois, le régime chinois
était attentif au moindre dérapage susceptible d’obscurcir le climat
avant la tenue des Jeux olympiques (JO) de Pékin, dont le Parti
communiste (PCC) a fait une opération de relations publiques à sa
gloire. Ses craintes se confirment avec les violences qui, depuis le
début de la semaine, embrasent Lhassa, la capitale de la "région
autonome du Tibet" sous tutelle chinoise. Marches de moines
bouddhistes, arrestations musclées, fermeture des principaux
monastères, incendie d’un marché, et même, selon des sources médicales,
plusieurs victimes : ces incidents sont les plus graves ayant secoué le
Tibet depuis la loi martiale décrétée en 1989 à la suite d’émeutes
antichinoises.

La question tibétaine entache brutalement
l’image avantageuse que voulait présenter le régime chinois, auréolé de
ses spectaculaires performances économiques et courtisé dans les
enceintes internationales. Les Etats-Unis ne viennent-ils pas de
retirer la Chine de leur liste des dix Etats bafouant le plus les
droits de l’homme ?

Les événements de Lhassa vont doper tous
les opposants à la tenue des JO, qui dénoncent depuis des mois l’effet
de légitimation que recherche le PCC à travers ce grand rendez-vous
sportif. Un premier accroc s’était déjà produit en début d’année sur le
dossier du Darfour avec la décision du cinéaste américain Steven
Spielberg de boycotter ces Jeux – où il devait officier comme
consultant artistique – en raison du soutien chinois au régime
soudanais. Avec le Tibet en état de siège, les choses deviennent
autrement plus sérieuses.

L’exaspération des Tibétains doit
être grande pour qu’ils prennent le risque de défier Pékin au coeur du
sanctuaire de Lhassa, la ville la plus contrôlée de Chine. Là est le
principal enseignement de cette poussée de fièvre : malgré une
implacable répression, que le dalaï-lama qualifie d’"inimaginable",
malgré une politique de sinisation brutale qui pourrait un jour rendre
les Tibétains minoritaires sur leur sol, des moines bravent la peur
pour interpeller la communauté internationale. Ce courage mérite d’être
salué.

La partie, hélas, s’annonce périlleuse. Pour le régime,
le Tibet constitue un enjeu stratégique sur lequel il ne fléchira pas.
Il y a fort à parier qu’au lendemain de ces troubles il jouera sur une
corde nationaliste à laquelle la population chinoise est extrêmement
sensible. Nombre de Chinois, et pas seulement ceux qui soutiennent le
PCC, ont du mal à s’affranchir d’une vision paranoïaque de l’histoire.
Ils sont convaincus que l’Occident conspire afin d’entraver l’essor de
la Chine, jadis humiliée, aujourd’hui renaissante. Il faut qu’ils
comprennent qu’une puissance n’est grande que si ses minorités
souhaitent l’intégrer sur une base volontaire, et non forcée.

Article paru dans l’édition du 16.03.08

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