Ces morts qui accusent encore le gourvernement du Cameroun…


"Cameroun – Guinée : Une délégation officielle  camerounaise à Conakry samedi pour le rapatriement des 11 étudiants décédés "

Réjouissons-nous que Jacques Fame Ndongo, jusqu’ici "pris par un séminaire", soit enfin dans ses habits de Ministre de l’Enseignement Supérieur, en sa qualité de chef de la délégation camerounaise en charge du rapatriement des corps des 11 étudiants récemment décédés par noyade au large de la capitale guinéenne…

Paix à l’âme de ces jeunes défunts qui suivaient en Guinée des études universaires spécialisées que notre beau et riche pays est incapable de leur offrir.

Cela mérite d’être dit et rappellé au moment où les familles pleurent et font le deuil de leurs enfants.

Merci


Cameroun – Guinée : Une délégation camerounaise à Conakry samedi pour le rapatriement des 11 étudiants décédés


camer.be

Jacques Fame Ndongo : camer.be
Une délégation camerounaise conduite par le ministre de l’Enseignement
supérieur, Jacques Fame Ndongo, arrive samedi à Conakry aux fins de
rapatriement des corps des 11 étudiants récemment décédés par noyade au
large de la capitale guinéenne, a appris vendredi APA de sources
gouvernementales.

« Dans le cadre de l’événement impliquant le décès des étudiants
camerounais et sur haute instruction du président de la République,
Paul Biya, le ministre de l’Enseignement supérieur se rend samedi à
Conakry et ramènera le même jour, les dépouilles des 11 étudiants »,
indique un communiqué du secrétaire général de la primature, Jules
Doret Ndongo.

Les autorités camerounaises qui ont annoncé qu’elles prendront en
charge les frais de rapatriement des étudiants décédés ainsi que les
frais médicaux des rescapés pourraient dépêcher un avion spécial pour
ramener les corps des défunts.

Vendredi, la cérémonie funèbre a eu lieu à l’Université de Conakry
avec l’exposition des corps, les autorités académiques ont décidé de
suspendre les cours ce jour pour permettre à la communauté
universitaire de rendre hommage aux 11 étudiants décédés.

A leur retour samedi au pays, les corps seront remis aux familles qui organiseront à leur tour les obsèques.

Selon les autorités guinéennes et celles de l’ambassade du Cameroun
au Sénégal, les 11 étudiants ont trouvé la mort il y a une semaine
alors qu’ils se rendaient en excursion sur l’île de Room au large de
Conakry.

Ceux-ci étaient au nombre de 34 lorsque leur pirogue a chaviré
causant la mort de 11 d’entre eux et de 3 membres de l’équipage, les
passagers ne disposant pas pour la plupart de gilet de sauvetage, ont
indiqué les mêmes sources.

© Source : APA

Paru le 22-03-2008

Ces morts de Conakry qui accusent

Pirogues empruntées pour se rendre à Room en partant du port de Boulbinet à Conakry


Il faut comprendre dans cette éphémère oraison funèbre, les brouilles
de mes larmes inconsolables pour nos enfants morts à Conakry. Ainsi,
demandera un enfant dans cent ans, une vingtaine de jeunes Camerounais
moururent en République de Guinée (Conakry), dans leur quête du savoir,
dans leur course vers les qualifications supérieures, dans leur volonté
de trouver peut-être en ces cieux étrangers à leurs foyers naturels, ce
qu’ils n’avaient pas pu trouver régulièrement à la maison.

Non, les accusations ne sont jamais bonnes sur les lieux de mort.
Non, les accusations des morts, sont silencieuses, mais dures,
dérangeantes, invivables parfois, mais d’une vérité impardonnables et
imbattables. Comment donc avons nous pu ainsi construire un pays
pendant plus d’un demi siècle, en continuant de faire de l’entrée dans
une simple école de médecine un tabou ? Mais comment avons nous laisser
s’en aller tant de petits gamins, parce que nous ne voulions pas mettre
en place les structures appropriées pour leur émancipation
professionnelle dans tous les domaines ? Comment supportons nous encore
qu’il soit impératif de s’expatrier pour accomplir un rêve de devenir
pharmacien ? Comment donc expliquer, que tant de petits génies se
soient planqués chez les autres, avec peu de chance de nous revenir ?

La douleur de cette jeune maman nous accuse, la maman de cette
jeune fille de cinquième année de médecine, morte engloutie par des
eaux vengeresses et rageuses, comme pour signifier à toute la société
camerounaise, qu’elle n’a cessé de se tromper depuis 1960, qu’elle n’a
jamais pris le bon chemin, et que sa jeunesse à travers les cadavres,
demandera des comptes. Comment arrêter donc les sanglots de ce père,
qui ne reverra plus jamais son fils dont le corps est devenu un repas
gratuit pour toutes sortes de prédateurs des mers ?

Si la réalité de nos jours fonde les peuples à juger leurs
gouvernants et à demander des comptes, notre cas relève d’une gravité
sans pareil. Rien ne justifie que des milliers de fils et de filles de
ce pays en soient à s’enfuir pour aller chercher une formation
ailleurs, y compris sous des cieux moins cléments et sévères. Dans les
rues de Dakar, dans les allées des campus de Lomé, Cotonou, Bamako,
Kinshasa, Madagascar, etc., il sont des centaines, reprenant les mêmes
refrains de l’expatriation pour cause de discrimination, pour cause de
subjectivisme dans les concours et les recrutements dans la fonction
publique.

Je n’encouragerai personne à fuir tant son pays, tant tout nous
donne raison sur le fait que nul ne saurait abandonner à autrui, le
soin de construire sa maison et de corriger les justices sous son toit.
Pourtant, je procéderai d’une injustice condamnable, d’une myopie
volontaire et d’une malhonnêteté inexcusable, si je me refuse à
comprendre le sens du message de ces partants, de ces morts.

Les morts de Conakry nous accusent, pour avoir joué avec le destin
d’un peuple, laissant bien souvent les décisions qui sont bonnes, pour
orchestrer les mauvaises, parce que nous redoutons telle ou telle
ethnie, telle ou telle personne. Il est arrivé, semble-t-il, que des
lois soient édictées dans un pays, juste pour nuire à un individu. Il
est arrivé que pour une famille, une poignée d’amis, un clan ou même
une secte, l’intérêt de tout le pays fut bradé, vendu à vil prix,
balancé dans une poubelle de l’histoire, ou enfermé dans un coffre
hermétique.

Les morts de Conakry nous accusent, et récitent à notre attention,
les nombreuses mises en garde que certains vont entendre de la bouche
des chefs de culte tous les dimanches, et continuent de faire comme si
la terre appartenait à leur famille ou à leur village. Il ne faut pas
aller chercher plus loin dans la mer, les causes de ces morts qui n’ont
besoin ni d’autopsie, ni de livret médical, ni de bilan de leurs
vaccins. Nous en sommes la cause unique, nous, nous notre système de
gouvernance depuis cinquante ans avec ses imprévisions, ses oublis, ses
haines et ses errements explicites ou implicites. A un jeune qui me
montrait comment l’on avait passé le temps à affecter ses notes de
deuxième année de droit à une charmante étudiante qui n’avait jamais
mis les pieds à la fac et qui passait brillamment ses examens, j’ai
écrasé secrètement une larme en silence, des larmes de désespoir, des
larmes qui accusent.

Les morts de Conakry nous accusent, parce que dans la lecture du
monde et dans la conduite de notre société, la prédation est le modèle
d’action et de référence déposé. Nous avions bâti une Constitution il y
a moins d’un temps, moins d’une génération. Mais voici que sous des
prétextes confus, touffus et battus, des sirènes d’une amère insolence,
nous pressent de la jeter tantôt à la poubelle, tantôt de la brûler,
tantôt de l’adapter à des humeurs folles sans réel justification pour
le peuple pauvre de Dieu qui n’a ni armée, ni police, ni montagne de
billets de banque pour signifier son refus. Comment dire à ces mêmes
apôtres de tous nos malheurs et de toutes les causes de notre mort
prochaine, que la révision de la Constitution dans leur esprit et dans
leur sens, fait partie de ce que ces enfants de Conakry ont cru fuir ?

Les morts de Conakry nous accusent, pour notre hypocrisie ambiante,
consistant à proclamer la solidité de la République et de l’Etat de
droit, en violant nos propres lois chaque jour, en laissant libre cours
à la généralisation d’une idéologie du vol, de l’argent facile, et aux
doctrines des sectes qui ne croient plus qu’en la force, au matériel,
et la perdition du corps et de l’esprit. Les enfants ne reviendront
pas, parce qu’ils ne sont plus membres des êtres vivants qui aspirent
et rêvent d’un lendemain même incertain. Les enfants sont morts, pour
exprimer une cause très grave, celle de l’immigré involontaire qui s’en
va le sac au dos, avec la promesse de revenir pétri de force, de
culture, de compétence et de mérite pour défier ceux qui les ont
contraint dans cette galère.

Les morts de Conakry accusent, tous ceux qui, imbus et repus, ils
n’entrevoient pour demain, que la continuité de leurs privilèges, de
leurs pouvoirs et de leur domination. Non, ne dites pas de ces morts
qu’ils sont morts. Dites de ces morts qu’ils se sont sacrifiés sur
l’autel des égoïsmes vengeurs, qu’ils se sont élevés en martyrs des
temps, pour purifier volontairement ou involontairement, une société
que nous avons détruite. Nous sommes un scandale naturel par notre
richesse, mais au lieu d’en profiter, nous avons transformé notre
destin en scandale tout court.

Les morts de Conakry nous accusent et nous imposent des leçons, au
bout des indispensables condoléances. A chaque parent sa douleur, que
nous ne pourrons jamais partager jusqu’au bout de leurs souffrances.
Pourtant, c’est un pays qui est par ces morts, à nouveau mis en cause,
planté dans le décor des imprévisions et des accusations. Courage, mon
cher Cameroun.

Une fois n’est pas coutume. Le gouvernement camerounais a dès
l’annonce de ce drame, pris des mesures qui ne sont pas habituelles
dans sa pratique connue à ce jour. Il faut rendre honnêtement à César
ce qui lui appartient, et lui savoir gré dans ces circonstances
dramatiques, de s’être pour une fois manifesté avec le genre de
promptitude que les citoyens sont en droit d’attendre de leur
gouvernement. Pourvu que demain soit différent, et qu’au delà, le
message et les accusations de Conakry soient entendus !


Par SHANDA TONME


Le Messager

Le 20-03-2008

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