Jacques Vergès-Paul Biya: Deux noms qui vont si bien ensemble.


Accoler les deux noms (Vergès-Biya) et voir les deux personnages assis côte à côte, sur un même divan, parlant d’on ne sait quoi..est quelque peu surréaliste sur le plan strictement juridique, et plûtôt risible par rapport aux mélanges des genres en vigueur en Afrique sub-saharienne.

Bref, cela confirme une célèbre maxime sur la françafrique: au-delà de la méditerranée, toutes les incongruités politico-judiciaires sont permises .

Finalement, à bien y réfléchir, cette collaboration est la bienvenue. Car elle déplace désormais le contentieux relatif à la corruption endémique des élites politiques Camerounaises devant des prétoires internationaux, de preférence français…supposés être plus impartiaux et indépendants que la justice aux ordres de Paul BIYA.

Alors, si Jacques Vergès y est parvenu grâce à un simple entretien au palais de l’unité avec Paul BIYA, qui peut lui en tenir rigueur?

Me Vergès, vous êtes le bienvenu en France.

Je vous remercie

Collaboration : L’avocat au secours du président

Jacques verges sollicité pour retrouver l’argent engagé dans l’Albatros et les fonds plaqués à l’étranger.
 

YAOUNDE – 29 MAI 2008 :
Dans
le hall de l’hôtel Hilton ce dimanche 25 ami aux environs de 13 heures,
Jean Baptiste Béléoken, costume sombre et cravate assortie, a le pas
relativement lent mais n’hésite pas une seconde quand il se dirige vers
les ascenseurs. Un sourire de circonstance à ceux qui le reconnaissent
et essaient de l’aborder, mais il ne s’arrête à aucun moment. La
destination qu’il prend quand il s’engouffre dans l’ascenseur du fond,
côté droit restera inconnue juste quelques minutes. Dans cet hôtel le
plus huppé de la capitale, il n’y a pas 10 hôtes pouvant espérer une
visite dominicale du directeur du cabinet civil de la présidence de la
République.

Jacques
Vergès, l’avocat français d’origine vietnamienne, spécialiste des
causes perdues, séjournait depuis quelques jours dans la capitale
camerounaise. Les services de renseignement, alertés par son arrivée,
avaient rapidement eu le souvenir de l’année 1997, où il débarqua à
Yaoundé pour défendre la cause de Titus Edzoa, alors en délicatesse
avec le régime, et ayant fait appel au célèbre avocat pour se battre
devant la justice pour une affaire de détournement de plusieurs
centaines de millions de francs Cfa. N’appréciant que modérément cette
offre de service, le pouvoir avait alors demandé à Jacques Vergès de
repartir immédiatement.

Donc, l’avocat français arrive à Yaoundé au moment où la capitale
bruisse de rumeurs sur le fait que l’un des prévenus actuels de
l’opération Epervier 2, Polycarpe Abah Abah, aurait fait appel à lui
pour le défendre dans ses bisbilles actuelles avec le pouvoir. Cette
rumeur est donc vite battue en brèche avec la visite de Jean Baptiste
Beleoken qui, à ce moment là et en choisissant ce mode de communication
singulier, est venu lui confirmer l’entretien qu’il aura le lendemain,
lundi, avec le chef de l’Etat. Le choix du canal pour l’obtention et la
confirmation du rendez-vous indiquent déjà que les dossiers à traiter
n’avaient rien de direct avec le fonctionnement actuel des institutions
de la République.

Jacques Vergès a donc été reçu lundi dernier par Paul Biya au
palais de l’unité. Une audience officielle, et donc ouverte aux médias,
mais d’où rien de consistant n’a filtré. Cameroon Tribune, dans son
édition du lendemain n’était pas avare en photos, mais indiquait
sobrement dans un filet que " rien n’a filtré des entretiens que le
chef de l’Etat a eu avec son hôte, celui-ci s’étant réservé de toute
déclaration devant la presse ". Même attitude à la Crtv télé, où les
images indiquaient clairement que l’avocat avait poliment refusé de
s’ouvrir aux médias. Mais d’autres images étaient plus parlantes : le
chef de l’Etat s’était fait accompagné, pour la circonstance, non pas
de son secrétaire général ou de l’un de ses adjoints, mais de son
conseiller pour les affaires économiques et financières, Séraphin Fouda
qui a été ostensiblement présenté à l’avocat, la voix du président
étant distinctement reconnaissable en fond sonore. Le sémillant
conseiller, calepin et stylo en main, avait bien l’intention de prendre
des notes au cours de cet entretien singulier.

Pourquoi s’être volontairement entouré d’un collaborateur
habituellement sollicité comme homme de cabinet au détriment des
visages connus et habituels. La réponse se trouve assurément dans le
contenu des échanges entre les deux hommes. Paul Biya et Jacques Vergès
n’auraient pas parlé, selon nos sources, de droit pur ni des éléments
de défense à verser à tel ou tel dossier, mais bien de questions
économiques et financières, d’où son insistance à présente à son hôte
son collaborateur compétent en la matière. En fait, il a été question
de deux dossiers que l’avocat avait déjà commencé à traiter en
compagnie de son équipe, et qui viennent de rebondir dans l’actualité
nationale : la question de l’Albatros, du nom de l’avion présidentiel
acheté par quelques collaborateurs du chef de l’Etat qui s’est révélé
une affaire foireuse, ruineuse et dangereuse pour la sécurité du
président de la République ; mis aussi la question du rapatriement au
Cameroun de sommes supposées planquées à l’étranger par plusieurs
pontes du régime, et pour laquelle le vice Premier ministre chargé de
la Justice, Amadou Ali, avait déjà désigné et donné mandat à un
consultant pour des investigations à travers le monde entier, pour es
résultats qui n’ont jamais été rendus publics.

Paul Biya semble donc avoir choisi une autre voie et, surtout,
indique son intention de travailler sur ce dossier avec un personnel
neutre et pas du tout impliqué dans les différentes affaires, qualités
qui pourraient lui assurer un travail transparent et non intéressé.
Jacques Vergès, pour sa part, supposant sans doute la complexité des
dossiers dans un environnement africain où il a travaillé peu jusqu’à
présent, s’est entouré de quelques compétences dont un Camerounais qui
l’accompagnait durant ce séjour : Yves Ayong, qui se présente comme un
spécialiste des questions financières, revendique une longue expérience
de conseiller financier auprès de plusieurs gouvernements africains et
de grands groupes financiers ayant pignon sur rue en Afrique.

Quel a été le deal finalement conclu entre le locataire d’Etoudi et
son invité spécial ? Y a-t-il un échéancier attelé à cet agrément ? Par
quel dossier commencera-t-il : l’affaire de l’avion présidentiel ou la
question de l’identification et des modalités de rapatriement des fonds
au Cameroun ? Le mystère continue de planer sur ces détails qui ont
pourtant leur importance.

Paul Biya n’a certes pas remanié son gouvernement, malgré les
rumeurs persistantes : ce qui semble laisser un répit à tous ceux que
l’on dit partant. Mais d’être parti aussitôt en Europe après son
entretien avec Jacques Vergès, luxe qu’il ne s’était plus offert depuis
le début de cette année, n’est pas plus rassurant pour les âmes
sensibles. Le pire pourrait être à venir.

© Albert Biombi, Mutations

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