USA, Possible « Racisme latent; et Probable Pragmatisme électoral

Vendredi, après le débat.

Vendredi, après le débat.
(REUTERS)

Ma
longue expérience de noir africain francophone vivant sur la côte ouest américaine
m’a aussi appris que le choix électoral n’est pas nécessairement tributaire
de la couleur de peau aux Etats-Unis d’Amérique, mais davantage fonction du sentiment de confiance que doit inspirer tel ou tel candidat sur une préoccupation structurelle ou
conjoncturelle partagée par la majorité de l’électorat (républicain, démocrate et indépendant confondu), à un moment donné.

Et tous ceux qui auraient la
tentation, en France ou ailleurs dans le monde, de réduire l’élection présidentielle du 04 Novembre
à la seule dimension raciale feraient fausse route et prendraient surtout leurs propres préjugés pour des realités de l’Amérique d’aujourd’hui.

Je vous remercie

Le racisme latent pourrait coûter cher à Barack Obama
LEMONDE.FR | 10.10.08 |

t
si les Américains n’étaient pas prêts à entrer dans l’Histoire, en
élisant leur premier président noir ? Actuellement, le candidat
démocrate caracole en tête des intentions de vote, avec 52 % des voix
contre 41 % pour M. McCain, selon le dernier sondage publié jeudi 9
octobre par l’institut Gallup. Mais si la course à la Maison Blanche
devenait plus serrée, Barack Obama pourrait être victime de ce que les
observateurs américains appellent "l’effet Bradley", selon une étude
publiée mi-septembre par Associated Press et l’université Stanford. Tom
Bradley, un Africain-Américain, maire de Los Angeles, fut ainsi le
candidat malheureux au poste de gouverneur de Californie en 1982, alors
que toutes les études d’opinion et la presse le donnaient largement
gagnant. La raison : certains Américains blancs n’avoueront jamais à un
sondeur qu’ils ne veulent pas d’un Noir à la présidence. Mais, seuls
dans l’isoloir, ils expriment leur conviction intime.

"UN RACISME SANS RACISTES"

Comme
l’explique à l’AFP Gary Weaver, professeur à l’American University de
Washington, "très peu d’Américains admettent qu’ils sont racistes, si
ce n’est quelques milliers de néonazis, ou de membres du Ku Klux Klan,
qui ne sont plus que mille à deux mille dans le Sud. L’Américain moyen
ne l’avouera jamais". Nicholas Kristof renchérit dans le New York Times
: "Il est indéniable que Barack Obama est victime de ce que les érudits
surnomment ‘un racisme sans racistes’."

Même si John McCain a
lui aussi des obstacles à surmonter – son âge et le difficile héritage
de George Bush –, un racisme profond et larvé pourrait coûter la
victoire à Barack Obama. Selon l’étude de l’université Stanford, 40 %
des Américains blancs sont d’accord avec au moins un adjectif négatif
(violent, paresseux, râleur, irresponsable, fanfaron…) pour qualifier
les Noirs. Plus grave pour le sénateur de l’Illinois, plus d’un tiers
des démocrates et des indépendants sont également d’accord avec au
moins un qualificatif péjoratif. Autant d’électeurs dont Barack Obama a
cruellement besoin pour être élu.

"LA SEULE COULEUR IMPORTANTE, C’EST LE VERT"

Le
Time, lui, apparaît plus mesuré, dans son édition du 8 octobre, avec un
article intitulé "The Limits of Race". David Von Drehle y raconte son
périple à travers le Missouri, un des Etats-clés pour l’Election Day, à
la rencontre des travailleurs blancs. Le journaliste prend la
température d’un Etat, traditionnellement républicain, mais où Obama a
marqué des points ces derniers temps. Plus que la couleur de peau du
sénateur de l’Illinois, c’est la mauvaise santé de l’économie qui
semble préoccuper les habitants du Missouri. "C’est celui qui est le
plus à même de résoudre la crise", explique Maureen O’Hare, une
habitante de Sedalia.

L’auteur revient sur le sondage de
l’université Stanford : "La question de la race revient très souvent
dans les sondages . Mais en rencontrant des électeurs, il m’est apparu
que la campagne d’Obama n’est pas le simple référendum racial que
certains commentateurs y voient. J’ai entendu plein de raisons pour
lesquelles des votants pourraient refuser de le soutenir, mais j’ai
rarement entendu la race." Et David Von Drehle de conclure : "La morale
de l’histoire serait que le blanc et le noir commencent à s’effacer
quand la seule couleur importante est le vert, le vert des billets
après lesquels courent les gens."
Lorraine de Foucher

Second débat Obama – McCain

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Un commentaire pour USA, Possible « Racisme latent; et Probable Pragmatisme électoral

  1. Joël Didier dit :

    L’on
    retrouve enfin le respectable sénateur de l’arizona John Mc Cain après
    les "Nobama, Hussein, terroriste, that one…"colportés à longueur de
    spots télévisuels et de discours par sa collistière Sarah Palin
    contre un homme américain, qui a le seul malheur de s’appeller Barack
    Hussein OBAMA, d’être métis, brillant; et surtout de postuler lui
    aussi; à la magistrature suprême dans ce grand et beau pays qui a su
    progressivement exhorciser le démon du racisme

    Bref il était temps pour John McCain de mettre un bémol à cette
    campagne nauséabonde qui ne faisait plus honneur à la grandeur de la
    démocratie américaine.

    Merci

    John McCain hué par ses partisans pour avoir défendu Barack Obama

    LeMonde.fr avec Reuters | 11.10.08 |

    John McCain a été sifflé vendredi soir par une partie de ses
    propres partisans pour avoir pris la défense de son rival démocrate,
    Barack Obama, lors d’un meeting de campagne, vendredi 10 octobre. Le
    candidat républicain, dont la campagne était devenue de plus en plus
    agressives ces derniers temps, s’est retrouvé à défendre son adversaire
    démocrate devant les attaques des militants républicains réunis à
    Lakeville, dans le Minnesota.

    A un de ses partisans, préoccupé de son avenir dans un pays
    susceptible d’être gouverné par quelqu’un ayant côtoyé le terroriste
    William Ayers, John McCain a expliqué que Barack Obama "est une
    personne bien, une personne dont vous ne devez pas avoir peur si elle
    devient président des Etats-Unis. Bien sûr, je ne serais pas en course
    si je ne pensais pas être un bien meilleur président que lui". Cette
    sortie a provoqué quelques remous dans le public, habitué à des
    discours bien plus offensifs.

    Puis une femme du public a interpellé le candidat en expliquant
    qu’elle ne faisait pas confiance à Obama parce qu’elle "avait lu des
    choses sur lui". "C’est un Arabe", a-t-elle expliqué. McCain lui a
    alors répondu sèchement, en lui coupant la parole : "Non madame. C’est
    un père de famille décent, un citoyen avec lequel j’ai des désaccords
    sur des questions fondamentales (…) Nous voulons nous battre et je
    veux me battre, mais nous serons respectueux". "J’admire le sénateur
    Obama et ses réalisations", a-t-il ajouté alors que des sifflets
    s’élevaient du gymnase de cette banlieue de Minneapolis où avait lieu
    le meeting. Reste maintenant à savoir, à moins d’un mois du scrutin,
    s’il s’agit d’une nouvelle stratégie adoptée par la campagne du
    sénateur de l’Arizona, après des semaine d’attaques sous la ceinture et
    de dénigrement systématique.

    Meeting de John McCain à Lakeville, dans le Minnesotta
    Comment McCain use du racisme symbolique face à Obama

    Par Michel Wieviorka | Sociologue, EHESS | 10/10/2008 |

    Rue 89.com

    Les attaques du camp McCain contre Barack Obama ont plusieurs
    objectifs, et il serait abusif de les réduire à la seule manipulation
    d’une thématique raciste. Mais le racisme est bien présent dans la
    campagne du candidat républicain, et il présente des particularités
    suffisamment novatrices pour qu’on s’y arrête.

    Il n’est plus possible depuis plusieurs années, aux Etats-Unis,
    d’étaler un racisme explicite, direct, de s’en prendre à la couleur de
    la peau, à la forme du crâne, à la chevelure, pour en déduire, avec
    éventuellement référence à la science, que la personne ou le groupe
    visés sont inférieurs, et peuvent être maltraités, infériorisés,
    disqualifiés ou surexploités. Le racisme est devenu plus subtil, et
    passe par des références à la culture.

    C’est ce que des psychologues et des politologues américains ont
    appelé dès la fin des années 70 le racisme « symbolique », qui vise non
    pas les attributs physiques ou biologiques de la cible, mais ses
    valeurs supposées, son identité culturelle, ou religieuse, qui la
    rendraient irréductiblement différente, incapable de s’adapter à la
    Nation et à son credo, l’American creed, et donc aux valeurs du
    travail, de l’effort ou de la famille.

    Mais jusqu’ici, la menace que les Noirs étaient supposés faire
    peser sur l’intégrité de la Nation ou sur l’harmonie du corps social
    était interne, cette fois-ci, avec Obama, le mal viendrait d’ailleurs,
    du dehors.

    La colistière de John McCain, Sarah Palin, a nettement joué sur ce
    registre en s’interrogeant sur ce qui rend Obama différent à ses yeux:
    il n’est pas comme nous autres -comprenez les vrais Américains, mais
    entendez peut-être aussi les autres Noirs, les descendants d’esclaves-,
    il vient d’ailleurs, il a un drôle de nom. Il n’est pas vraiment
    américain, il y a en lui quelque chose d’étranger. Il ne pourrait pas
    vraiment comprendre l’Amérique, il n’en aurait pas la parfaite
    connaissance, celle qui provient de l’intérieur.

    Son deuxième prénom, Hussein, ne fleure-t-il pas l’islam et pourquoi pas l’islamisme?

    Cette image de l’altérité appelle le rejet, et non
    l’infériorisation. Obama, dans cette perspective, est un danger pour
    les Etats-Unis, le problème n’est pas, comme dans le racisme classique,
    de mettre un Noir à sa place, en bas, dans un emploi inférieur et
    difficile, mal payé, de l’enfermer dans un quartier de ségrégation, il
    n’est pas davantage dans la dénonciation d’une sorte de parasitisme
    social, d’une supposée paresse propre aux Noirs, qui leur ferait
    préférer l’aide sociale au travail, et accepter la décomposition de la
    famille.

    Non, le problème est de refouler un danger externe. C’est pourquoi,
    dans le discours de John McCain et de sa colistière, Obama est
    également suspect d’accointance avec le terrorisme, prêt, dit Sarah
    Palin, à s’en prendre à son propre pays –n’a-t-il pas fréquenté dans le
    passé deux activistes du groupe des Weathermen, William Ayres et
    Berbadine Dohrn ; son deuxième prénom, Hussein, ne fleure-t-il pas
    l’islam et dès lors, pourquoi pas, l’islamisme?

    Un autre aspect de la thématique raciste, telle qu’elle est mise en
    œuvre pour tenter d’affaiblir Obama, consiste à dire qu’il cache son
    jeu, qu’il ne se donne pas à voir tel qu’il est vraiment. Il y aurait
    chez lui des dimensions secrètes, masquées, qui tiendraient à sa
    personnalité, à son parcours, il y aurait des motivations réelles bien
    distinctes de ce qu’il avance en public.

    Qui est cet homme, martèle John McCain à son propos, prétendant que
    « même à ce stade avancé de la campagne, il demeure des choses
    essentielles que nous ne savons pas au sujet du Sénateur Obama » -une
    affirmation stupéfiante quand on sait que la campagne présidentielle a
    commencé il y a deux ans. Et John McCain résume sa pensée : « Qui est
    le vrai Barack Obama ? »

    Celui-ci est ainsi présenté comme une menace insidieuse,
    dissimulée, il est proche de ceux qui complotent contre la Nation, il
    est, dit McCain « dangereux » et fait courir « trop de risques à
    l’Amérique ».

    Il y aurait deux Obama, et non pas un, dit Sarah Palin, qui
    considère que lorsqu’on lui pose une question, « il n’est pas
    malhonnête, mais il y a deux dimensions : le jugement ou la sincérité,
    et l’incapacité de répondre simplement à une question élémentaire ». Il
    y aurait de la duplicité chez Obama, quelque chose qui fait, si l’on
    peut dire, qu’il n’est pas clair.

    Une forme de racisme qui rappelle l’antisémitisme

    Ajoutons l’anti-intellectualisme, qui lui reproche ici ou là
    d’avoir fait des études dans une université de premier plan, de bien
    s’exprimer –trop bien peut-être : bien des ingrédients rappellent ici
    une forme de racisme que l’on ne s’attendait pas à rencontrer,
    l’antisémitisme.

    Un pied dedans, et un pied dehors, et donc jamais vraiment dans la
    Nation, cachant un jeu évidemment maléfique, lié aux forces du mal et
    de l’étranger : Obama est traité dans les catégories du soupçon et de
    la traîtrise, exactement comme les Juifs, souvent, dans l’histoire,
    furent accusés de menacer l’intégrité de la Nation, de trahir
    (souvenons-nous de l’Affaire Dreyfus), de pactiser avec des forces
    diaboliques. Une thématique empruntée à l’antisémitisme vient ainsi
    renforcer celle du racisme anti-Noirs, elle-même voilée et indirecte.

    Marketing politique, ou spontanéité de ceux qui connaissent les
    affects d’une partie au moins de leur électorat potentiel ? Les deux
    vraisemblablement. Toujours est-il que cette argumentation joue sur un
    mélange inédit, où s’agrègent une haine raciale traditionnelle, quelque
    peu édulcorée, et des thèmes empruntés à un registre qui d’ordinaire
    fonctionne à propos des Juifs, et donc d’un autre groupe que les Noirs.

    La force de ce discours nauséabond est qu’il flatte un électorat
    blanc soucieux de l’intégrité de la Nation, ainsi que de sa sécurité,
    tout en étant susceptible de diviser l’électorat noir, encourageant
    alors les Africains-américains, les « vrais » citoyens Noirs du pays, à
    se méfier eux aussi du personnage « pas assez noir » que serait Obama,
    comme on l’entend dire parfois, y compris, de façon agressive, par le
    pasteur Jessie Jackson.

    Il faut souhaiter, pour les Etats-Unis, comme pour le monde entier,
    que le néo-racisme que manipule ainsi John McCain soit la marque d’un
    candidat en perte de vitesse, et de moins en moins capable d’embrayer
    sur les attentes de l’électorat.

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