Racisme, un démon qui sait particulièrement s’adapter à l’air du temps…


En lisant et relisant l’article ci-dessous paru au journal
Le monde, je ne puis m’empêcher de mesurer effectivement tout le chemin
parcouru, en aussi peu de temps, par les Etats-Unis d’Amérique.

Mais lorsqu’on est "nègre", cela impose d’abord une obligation de
vigilance
permanente, car le démon du racisme et de l’intolérance a
surtout cette particularité de savoir s’adapter à l’air du temps.

Suivez mon regard….

La torture des Noirs aux Etats-Unis en carte postale 

http://www.withoutsanctuary.org/main.html

LE MONDE | 16.08.09 |
Arles Envoyée spéciale
http://abonnes.lemonde.fr/culture/article/2009/08/16/la-torture-des-noirs-aux-etats-unis-en-carte-postale_1228888_3246.html

Le
7 août 1930, une foule de plusieurs milliers de personnes attaque la
prison de Marion (Indiana) avec une idée fixe : "Buter ces maudits
Nègres." Les portes ne résistent pas longtemps. Un détenu noir, Thomas
Shipp, est battu à mort, puis son corps est exhibé à la fenêtre de la
prison pour que chacun puisse le voir. Un autre est frappé, mutilé.
Enfin, on pend les deux hommes à un arbre.

Un photographe est là
pour immortaliser la scène : Lawrence Beitler, qui a un studio en
ville, imprime des cartes postales à 50 cents la pièce. Il en vend
plusieurs milliers. On y voit deux corps ensanglantés, pendus à un
arbre au-dessus d’une foule visiblement ravie du spectacle. Au premier
plan, un homme pose en pointant du doigt un des "Nègres". A côté, deux
jeunes filles agrippent des "souvenirs" : des bouts de tissu noir
arrachés au pantalon d’un pendu. D’autres préféreront emporter une
touffe de cheveux comme trophée de chasse.

Cette carte postale
insoutenable, soigneusement encadrée avec une poignée de cheveux
crépus, fait partie d’une exposition instructive et glaçante, "Without
Sanctuary", présentée cet été aux Rencontres de la photographie
d’Arles. 70 documents – en majorité des cartes postales, mais aussi des
affiches et coupures de presse – reviennent sur le lynchage des Noirs
aux Etats-Unis.

Entre 1882 et 1968, au moins 5 000 personnes ont
été tuées de la sorte, en majorité dans les Etats racistes du Sud. Les
cartes postales de pendus rendent à ces chiffres leur horreur concrète.
La quasi-totalité de ces photos réalisées sur place ont été faites non
pour dénoncer les lynchages, mais pour les glorifier. Les cartes
postales étaient vendues librement dans les bureaux de tabac aux
touristes et aux habitants, conservées dans les albums de famille.

A LA POUBELLE

Cette
collection a été réunie par un antiquaire de Floride, James Allen. Dans
les années 1980, un client embarrassé lui vend un bureau "avec une
chose intéressante à l’intérieur". Il découvre une carte postale
montrant un homme pendu à un arbre, Leo Frank. "J’ai fait des
recherches, explique-t-il à Arles. Petit à petit j’ai trouvé d’autres
cartes. Mais aucune institution ne s’intéressait à ça. Et personne ne
voulait en entendre parler." L’antiquaire passe des annonces dans la
presse, convainc des héritiers de lui vendre des cartes – "En général,
les gens les découvrent à la mort du grand-père et s’empressent de les
mettre à la poubelle."

James Allen expose les photos pour la
première fois à New York en 2000. Mais il mettra plusieurs années avant
de les montrer dans le sud des Etats-Unis, où les institutions
frileuses n’osent se mettre à dos leurs mécènes locaux. Sa collection
vient d’être achetée par une nouvelle institution, le Centre pour les
droits civiques et humains à Atlanta, où elles seront exposées de façon
permanente.

Le plus insoutenable, dans ces images, est sans
doute moins la violence des faits eux-mêmes que la tolérance sociale
qui les accompagne. Sur les photos, on voit dans la foule des enfants,
des femmes, des gens de la bonne société aussi émus que si on pendait
un chien. Ni les spectateurs ni les responsables ne sont jamais masqués.

Le
lynchage est un spectacle qui doit d’ailleurs durer le plus longtemps
possible : une photo terrible montre le bûcher où périt Jesse
Washington, 17 ans, en 1916. Soupçonné d’avoir assassiné son employeur,
ce jeune attardé mental est longuement torturé : on le frappe, on lui
coupe les doigts. Puis on le brûle – à petit feu.

Les lynchages
sont réalisés en dehors de tout cadre judiciaire, parfois sans motif –
une rumeur de crime, avéré ou non, suffit à les déclencher. Et pourtant
ils sont largement tolérés, quand ils ne sont pas annoncés par la
presse. Dans l’exposition, un article du Courrier de Memphis, en 1921,
prévient les lecteurs : "Lynchage possible de trois à six Nègres ce
soir." Les forces de police n’interviennent pas, complices ou
débordées. Quant aux lyncheurs, ils ne sont pas inquiétés : les
enquêtes n’aboutissent jamais, les auteurs étant invariablement définis
comme "un groupe d’hommes non identifiés".

"STRANGE FRUIT"

Dans
l’exposition, quelques documents concernent aussi les efforts des
opposants aux lynchages. L’Association pour l’avancement des gens de
couleur (NAACP) recensait les faits, éditait des affiches. Elle
militait pour éveiller les consciences et pour imposer une législation
antilynchage. En vain : le Sénat conservateur a bloqué toutes les
propositions de loi en ce sens. Au point qu’en 2005, suite au
retentissement causé par l’exposition "Without Sanctuary", la Chambre a
présenté des excuses officielles aux descendants des victimes de
lynchage.

On peut regretter que l’exposition, aussi forte
soit-elle, souffre d’un manque total de pédagogie. Les légendes sont
traduites sur des feuilles volantes, mais il n’y a pas de contexte
historique, pas de chronologie, pas d’explication. Tout le monde ne
sait pas que la chanteuse Billie Holiday a chanté la complainte Strange
Fruit en 1939 en hommage aux pendus. Et si les cas de Leo Frank ou
Emmet Till sont désormais célèbres aux Etats-Unis, ils n’évoquent rien
au public français. Sur un tel sujet, le choc des photos ne suffit pas.

.

"Without
Sanctuary", Rencontres d’Arles, cloître Saint-Trophime. Jusqu’au 13
septembre, tous les jours de 10 heures à 19 heures. Forfaits toutes
expositions de 21 € à 35 €. Catalogue aux éd. Twin Palms (en anglais).
212 p. 48 €

Claire Guillot
Article paru dans l’édition du 16.08.09

Dérapages en série sur la réforme du système de santé américain, SYLVAIN MOUILLARD, Libération.fr 17 août 2009

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