Copenhague 2009: Agir de Concert avec l’Afrique, OUI. Mais en faveur des Peuples Africains!

 

Mise à jour de l’identification…

Le
paysan d’Evindissi dans le sud-Cameroun qui aura vu ou entendu que les
représentants de l’Afrique ont dû momentanément suspendre leur
participation aux négociations sur le climat à Copenhague lundi 14
décembre, aura certainement commencé à s’y intéresser. Car force est de
reconnaître que jusqu’ici, Copenhague a plus paru comme une ces
lointaines et habituelles joutes «occidentales» dites internationales,
où les représentants de l’Afrique sont poliment conviés; mais sans que
leur représentativité et leur(s) voix n’influent véritablement sur les
déclarations finales.

L’Afrique aura-t-elle véritablement droit au chapitre à Copenhague?

A priori, tout y concourt naturellement, du fait même ou grâce au réchauffement climatique.

L’Afrique
est en effet, malgré elle, embarquée avec le reste du monde sur un même
radeau de survie. A titre de comparaison, si le sommet de la FAO sur la
faim qui s’est tenu à Rome il y a quelques semaines n’a pas soulevé le
même engouement que Copenhague, l’Afrique se réjoui(rai)t presque que
le reste du monde porte enfin un regard bienveillant sur elle, et
indirectement sur le sort du paysan d’Evindissi au sud-Cameroun.

Cependant,
ne soyons pas dupes: aider les pays africains est aussi égoïste que ne
pas les aider. Car, le réchauffement climatique nous concerne tous.
Nous sommes donc tous dans le même bateau. Il ne s’agit donc pas, au
premier chef d’une une question de solidarité (occidentale), mais de
survie collective. Ainsi le paysan d’Evindissi comme l’habitant de
Villeneuve les Maguelones dans le sud de la France subiront, à des
degrés certes divers, le dérèglement climatique consécutif à la
pollution atmosphérique. Et jamais dans l’histoire humaine, la
concentration de dyoxyne de carbone dans l’air n’a connu une telle
accélération. D’après les experts du Groupe intergouvernemental d’étude
sur le climat (Giec), seule une diminution très volontariste des rejets
d’origine humaine, de l’ordre de 25 à 40%, permettrait de limiter à 2°C
la hausse des températures. Leurs travaux prescrivent que, d’ici à
2100, la hausse de la température de l’atmosphère terrestre soit
maintenue en dessous de deux degrés, si elle veut éviter des
catastrophes planétaires

Nous
sommes donc tous désormais embarqués sur le même bateau. Et il ne sert
à rien d’épiloguer indéfiniment sur des scénarios de plus en plus
sombres (les élévations des températures, les sécheresses, les
désertifications, les inondations dues aux crues, les pénuries d’eau
potable, les réfugiés climatiques…), ni sur les montants des
compensations financières. Nous devons obligatoirement tous agir dans
la même direction dès maintenant.

Agir de concert pour l’Afrique oui, mais pour quel(e)s Africain(e)s?

http://www.camer.be/UserFiles/Flash/Biya_Elysee_Conf161209.swf

© Source : http://www.elysee.fr

En
effet pour le paysan d’Evindissi au Sud Cameroun, le discours officiel
est un peu brouillé, surtout lorsqu’il aperçoit Nicolas Sarkozy
(France), Paul BIYA (Cameroun), Denis Sassou NGUESSO (Congo), Idriss
DEBY (Tchad), François Bozizé (Centrafrique)… sur une même tribune
élyséenne, entrain de parler (à juste titre) de la nécessaire
protection de l’environnement, notamment de la forêt du bassin du Congo
(20% d’émission de gaz carbonique seront ainsi économisés), puis du lac
Tchad (2éme grand lac en Afrique au Sud du Sahara).

Mais
qui sont précisément les premiers destructeurs de la forêt équatoriale
africaine? Ce sont souvent (in)directement les proches et/ou les
associés français des prestigieux interlocuteurs africains de Nicolas
Sarkozy. Le président français sait-il (ou fait-il mine de na pas
savoir) que la pollution qui dégrade l’environnement immédiat du bantou
camerounais est d’abord le fait des coupes sauvages des tronçonneuses
de l’exploitant forestier Frank Emmanuel BIYA (le fils du dictateur
Paul BIYA)? Et dans le contexte totalitaire du Cameroun, quelle
pourrait raisonnablement-être la représentativité nationale et
internationale de la société civile (balbutiante), dans un «dîner de
travail» à l’Elysée, ou dans un sommet sur le climat à Copenhague? Elle
est forcément insignifiante…

Alors
il appartient aussi à la France de faire à ce que Copenhague soit à la
fois un tournant écologique et véritablement démocratique pour l’Afrique

Pour
cela, nul besoin de s’encombrer d’arguties impériales en réunissant à
Paris des potentats à la légitimité douteuse du bassin du Congo.

Il
faut d’abord sur le plan financier accompagner et participer activement
à l’effort global tel qu’il a été chiffré par la commission européenne.
En effet l’aide mondiale que devraient recevoir les pays en
développement pour adapter leurs économies en réduisant leurs émissions
de CO2 devrait s’élever à
100 milliards d’euros par an, entre 2013 et 2020. La part des
financements publics y serait estimée entre 22 et 50 milliards d’euros.
Le reste proviendrait de leur propre budget, de financements privés et
du marché des quotas de carbone. Ainsi selon Bruxellles, l’Union devra
s’acquitter d’une facture comprise entre 2 et 15 milliards d’euros par
an. Ce qui équivaudrait, en partant d’une hypothèse pour l’UE de10
milliards d’euros: pour la France à 209 millions d’euros; pour
l’Allemagne à 607 millions d’euros.

Sur
le plan politique et démocratique, la France ne gagne rien en faisant
cavalier seul avec son pré-carré africain. Elle doit s’appuyer, dans un
cadre européen, à la position commune de l’Afrique (arrêtée lors sommet
de l’Union Africaine de février 2009) et qui consiste:

  • à maintenir les acquis de la convention et du protocole de Kyoto sur les engagements chiffrés de réduction des émissions de gaz à effet de serre des pays développés;

  • à
    soutenir les pays en développement pour l’adaptation, l’accès à
    l’énergie, le transfert de technologies, le renforcement des capacités
    et l’obtention de financements conséquents;

  • à négocier un nouvel ordre permettant d’impliquer d’autres parties non signataires du protocole de Kyoto.

Au-delà des positionnements stratégiques et électoralistes (1),
l’Afrique qui contribue aujourd’hui de façon marginale au réchauffement
climatique, a parfaitement intégré l’importance de Copenhague: de par
sa position géographique elle en paiera le plus lourd tribut. Il est
donc équitable qu’elle soit aidée dans son combat pour en réduire et en
gérer les conséquences avec, comme priorités, le développement
d’agricultures nourricières, l’aide aux populations des régions les
plus vulnérables, la lutte contre la désertification et la mise en
place d’infrastructures pérennes permettant de réduire les dégâts
provoqués par le dérèglement du climat.

Pour
cela elle a plus besoin que jamais de dirigeants légitimes, d’une
société civile représentative, et de partenaires extérieurs fiables et
respectueux.

Copenhague
aura véritablement atteint ses objectifs lorsque le paysan d’Evindissi
du Sud Cameroun pourra se reconnaître dans la parole de ses
représentants et dans le reboisement de sa forêt.

 

Joël Didier Engo

 

Climat: un accord qui manque de chiffres

L’accord
conclu à l’arraché vendredi soir mentionne l’objectif de limiter à 2°C
le réchauffement du climat, mais reporte à janvier les engagements
chiffrés de réduction des gaz à effet de serre. (Libération.fr)


 

1- Yaoundé-Paris-Copenhague : Comprendre l’activisme débordant de Paul Biya

Copenhague 2009 : A quand une Afrique adulte et maîtresse de ses actes ?

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