DIPLOMATIE(S) OCCIDENTALE(S): COLLABORATION, ÉQUILIBRISME ET VOLTE-FACE

Les insurrections populaires dans le monde arabe sont entrain de déstabiliser autant les chancelleries occidentales que les dictatures qu’elles ont soutenues, parfois armées, financées et traditionnellement reconnues.
0131-EGYPT-511chamo-custom24.jpg Comment est-ce donc possible, des peuples arabes qui se soulèvent contre leurs dirigeants omnipotents et réclament unanimement des transitions démocratiques?

Personne n’a visiblement voulu voir ni croire qu’une telle aspiration humaine/universelle était possible de ce côté-là de l’hémisphère, malgré les beaux et grands discours. Il fallait toujours caresser les dictateurs dans le sens des chars et des mitraillettes, afin de ne surtout pas compromettre les intérêts des États (compréhensible), faire de l’ingérence dans les affaires intérieures des anciennes «colonies» (discutable), fragiliser l’équilibre socio-politique et culturel dans un certain nombre de pays (échappatoire), endiguer la menace islamiste/terroriste (réducteur)…Entre-autres.

Alors oui, disons le franchement, les (grandes) démocraties occidentales vont collaborer sans sourciller avec des tyrannies sanguinaires et crapuleuses au mépris des peuples et de leurs (propres) idéaux démocratiques. On verra ainsi invariablement les Présidents et Chefs de Gouvernement se succéder à Paris, Washington, Bonn (et Berlin), Londres, Ottawa ou Camberra…fermer systématiquement les yeux sur les bourrages des urnes, s’accommoder de l’extrême longévité des tyrans au pouvoir (transformés en dynasties héréditaires), taire au Conseil de Sécurité de l’ONU les répressions dans le sang et la mort de toute contestation ou revendication populaire.

C’était cela, nous disait-on, le Jeu «subtil» d’Équilibre Mondial, Régional et National qui devait absolument prévaloir sur l’aspiration légitime au changement social, économique et politique dans le monde arabe et en Afrique noire, afin de préserver la Paix.

Certains stratèges au Quai d’Orsay, au Département d’Etat américain et ailleurs …y ont cru dur comme fer jusqu’à la chute, non du Mur de Berlin (le 09 novembre 1989), mais de BEN ALI en Tunisie (le 14 janvier 2011). Malgré la Mondialisation et la Globalisation, ils continuaient néanmoins d’imaginer un monde forcément binaire structuré dans un manichéisme sociologique (voire biologique): avec d’un côté, des Hommes libres acquis aux idéaux démocratiques; et de l’autre, des (éternels) immatures, réfractaires à toute évolution (sociale, économique et politique), qui mériteraient (au mieux) un apprentissage de la démocratie par petites touches (successives ou fragmentées), sous la conduite bienveillante d’inamovibles autocrates. C’est comme si les Tunisiens, les Egyptiens et les autres en Afrique noire (au Gabon notamment)… allaient ou devaient toujours attendre après l’ordre des chancelleries occidentales (qui ne serait vraisemblablement jamais venu), pour se débarrasser enfin de BEN ALI, d’Hosni MOUBARAK…ou de la dynastie BONGO.

C’est précisément cette fausse croyance occidentale en une démocratie à géométrie variable, qui a perdu leurs chancelleries, et considérablement brouiller leur(s) discours aujourd’hui en Tunisie, en Egypte et ailleurs dans le monde. En effet elles doivent désormais, dans un équilibrisme difficilement tenable, alterner entre un soutien prudent aux insurrections populaires et une volte-face envers ou en faveur des régimes en place; du moins selon que Hosni MOUBARAK aura réussi ou non, grâce à la force armée, à se maintenir au pouvoir, ou à s’en fuir comme BEN ALI.

Position diplomatique ô combien inconfortable, c’est le moins que l’on puisse dire! dans laquelle s’est d’elle-même confortée la diplomatie occidentale au nom de la Realpolitik (avec évidemment quelques nuances). Mais c’est une fois de plus oublier que les peuples opprimés n’attendront pas indéfiniment après un imaginaire (nouvel) ordre mondial pour reconquérir leur Liberté. Les accompagner, les soutenir franchement et de manière officielle, peut redonner un semblant de crédibilité, de cohérence et de résonance à des diplomaties qui semblent fortement déstabilisées.

Je vous remercie

Joël Didier Engo

Aziz Miled, l’ami tunisien d’Alliot-Marie, victime ou complice du régime de Ben Ali ?

President Obama Speaks to the Muslim World from Cairo, Egypt

Pourquoi l’Occident ne vole pas au secours des Libyens

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