France: l’impasse économique d’une politique suspendue au Triple A

Le siège de Standard & Poor's Qu’elles ont dû être interminables pour le Gouvernement FILLON les minutes de cet inoubliable jeudi 10 novembre (de triste mémoire), pendant lesquelles une curieuse «bourde» de l’agence de notation Standard and Poor’s a dégradé la note souveraine de la France! Soit 3 jours seulement après le plan d’austérité présenté par le Premier Ministre comme devant permettre à notre pays à la fois, de respecter ses objectifs de réduction des déficits, et de préserver sa note AAA .

Le moins qu’on puisse dire est que la «gaffe de S&P» tombait mal, très mal!

Dans un contexte économique difficile en Europe, qu’on n’a d’ailleurs plus besoin de décrire (tellement d’autres à travers la planète financière s’en chargent tous les jours), donner en effet l’impression d’anticiper la dégradation inéluctable de la seconde économie de la zone Euro aurait amplifié le doute sur la fiabilité des mesures de sortie de crise des dettes souveraines adoptées récemment par les instances européennes, et conduit automatiquement à augmenter le service de la dette de l’État français, en gonflant artificiellement les taux d’intérêt des emprunts d’État.

Aucun responsable politique ne peut raisonnablement souhaiter un tel scénario catastrophe pour la France et l’Europe, y compris en pré-campagne présidentielle. Mais à défaut d’envisager le pire en termes de dégradation de la note souveraine de la France, il devient difficile de taire l’impasse dans laquelle nous enfonce à jamais le dogme du triple A: une compétitivité économique déclinante et une croissance irrémédiablement en berne (certains évoquent déjà une décennie perdue pour l’Europe).

Un horizon singulièrement assombri par l’arrimage politique au triple A

Voilà l’horizon que nous dessinent les différents plans d’austérité en France et en Europe. Et celui présenté à Matignon par François FILLON lundi 7 novembre (après celui du mois d’août) ne déroge pas à cette logique infernale (certains conservateurs la voudraient implacable!).

Mais comment imaginer un seul instant que le «patchwork de mesures d’austérité» du gouvernement FILLON, ciblant principalement les classes moyennes et populaires, accoucherait de cette croissance dont a si désespérément besoin la France, si elle veut véritablement se désendetter (et ne plus éternellement payer les intérêts de la dette)? À titre d’exemple 7,9 milliards d’euros de hausses d’impôts supplémentaires en 2013, dont 5 milliards pèseront directement sur les ménages et 6,8 milliards au total (en intégrant l’effet sur les consommateurs du relèvement des taux réduits de TVA)….dans un pays qui tire l’essentiel de sa faible croissance (0,6 %) de la consommation, c’est tout l’horizon économique qui s’en trouve assombri.

Il eut pourtant été souhaitable et préférable pour l’intérêt général, comme le propose notamment François Hollande, d’acter« un coup de rabot général des niches fiscales », d’annuler « l’allègement de l’ISF », et d’en finir une fois pour toute avec « l’exonération des cotisations sociales sur les heures supplémentaires qui jouent contre l’emploi ». Mais non, Nicolas Sarkozy et François FILLON ne peuvent se départir du marqueur idéologique, y compris lorsqu’ils promettent la sueur et des larmes aux Français. D’ailleurs pas nécessairement aux mêmes…campagne électorale oblige!

Il n’empêche, dores et déjà nous est annoncé le troisième round de la rigueur, avant lequel la France aura peut-être déjà perdu son triple A, mais devra néanmoins continuer à se saigner pour regagner son « AAA ». Et il reviendrait par enchantement au Président de la République nouvellement élu par les Français d’y veiller, en contenant par tous les moyens policiers la grogne sociale, afin de perpétuer l’effort principal sur les mêmes français.

Quel rôle ingrat dévolu aux décideurs politiques !

En démocratie lalternative ne peut pas être uniquement dans le refus dun ajustement financier ou dans son amplification, mais aussi dans le choix des catégories sociales et des secteurs économiques qui vont devoir faire l’effort supplémentaire. Ils ne peuvent simplement pas toujours être les mêmes.

C’est aussi cela l’enjeu principal du scrutin présidentiel de Mai 2012 en France. Ne nous y trompons pas.

Je vous remercie

Par Joel Didier Engo
Invité du Figaro et Président de l’association Nous Pas Bouger

Lire également: « Alerte, récession! », par Laurent MAUDUIT, MÉDIAPART

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