Cameroun: les malheurs de Bertrand TEYOU annoncent les victoires de demain

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Bertrand Teyou

Avant de se réjouir des « malheurs de Teyou », sport plutôt prisé chez les camerounais, au moins devraient-ils essayer de comprendre ce que recouvre sa « déportation » de Genève à Paris.

En effet comme l’ont annoncé les médias camerounais, Monsieur Teyou aurait fait l’objet d’une interpellation suivie d’une garde à vue en Suisse, à la suite de la manifestation non autorisée du CODE devant ou autour de l’Hôtel intercontinental dans lequel séjournait le dictateur camerounais Paul BIYA et sa suite, avant sa visite dite de travail en France.

Ne bénéficiant vraisemblablement pas d’un statut de réfugié politique en Suisse, ou ayant manifestement violé certaines des clauses relatives au respect de l’ordre public, l’infortuné a été renvoyé à sa destination d’arrivée en Europe, c’est-à-dire en France, en application du règlement de Dublin qui attache tous les demandeurs d’asile et les réfugiés à leur pays d’arrivée ou d’accueil.

En déduire aussitôt, comme le font certains journaux camerounais, que l’expulsion de monsieur Teyou vers la France lui ôterait d’office le statut de réfugié ou d’exilé politique semble une déduction un peu rapide. Parce qu’il suffirait entre-autre à l’intéressé de faire état des sévices réels dont il a été victime au Cameroun pour prétendre à ce statut en France (soit dès la première demande, ou en appel).

D’autre part il était aussi impossible à la Suisse de renvoyer directement monsieur Teyou au Cameroun après sa garde à vue en Suisse, en application des conventions de Genève sur les réfugiés.

En filigrane ce qui s’est passé avec les activistes du CODE à Génève ne déroge pas à la vieille tradition d’accueil des dictateurs par la confédération helvétique. En effet la Suisse a toujours su se montrer accueillante et plus accommodante avec les dictateurs, du moins tant qu’ils sont au pouvoir. Mais elle sait aussi se souvenir combien ces invités qu’elle a tant bichonnés ont surtout dilapidé les deniers publics de leurs pays dans ses hôtels de luxe, ses résidences particulières, ou les ont placés dans certaines de ses institutions bancaires…Par conséquent elle ne s’empresse pas de les restituer à leurs ayants-droits à la fin des ces régimes autoritaires, mais laborieusement aux États spoliés.

Les jurisprudences Marcos, Abacha, et bientôt Ben Ali, Moubarak ou Kadhafi sont là pour refréner tout triomphalisme chez les partisans et courtisans de Paul BIYA. Parce que la « bataille » qu’aurait perdue les opposants à sa présence en Europe, symbolisée par l’extradition manu militati de monsieur Teyou par la Suisse, pourrait aussi signer la victoire avenir des démocrates camerounais.

En effet rien que le fait de savoir que la plupart des grandes démocraties ne veulent plus s’encombrer avec les frasques des dictateurs est une avancée indéniable. De plus les autorités officielles en France comme en Suisse s’arrangent désormais à ne surtout pas s’afficher (devant les caméras) avec ces chefs d’État encombrants. Nul doute que les institutions finiront elles-aussi par se souvenir de la nature illégitime et totalitaire de ces « illustres invités », que les convenances diplomatiques ont parfois obligés à assurer la sécurité avec des escadrons de policiers à Paris ou à Genève.

C’est aussi l’autre facette de la nouvelle realpolitik.

Joël Didier Engo

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