L’indicible et inaudible souffrance des pères en France

Comment ne pas être solidaire de ces pères, quand on sait le « procès en mauvaise parentalité » qui leur est systématiquement fait, dans les contentieux relatifs au partage ou au transfert de l’autorité parentale en France?

Un homme retranché en haut d'une grue, à Nantes, le 15 février 2013, pour un problème de garde d'enfant

Un homme retranché en haut d’une grue, à Nantes, le 15 février 2013, pour un problème de garde d’enfant (Photo Frank Perry. AFP)

Il s’agit de souffrances indicibles et indescriptibles, que ces pères vivent comme de véritables injustices. Ce qu’elles sont indéniablement!

Et quand en plus, ces dernières viennent se greffer, pas uniquement à des séparations ou à des divorces conflictuels, mais à de véritables déni de paternité, l’injustice est alors à son comble.

Un véritable déni de paternité

En effet j’ai fait connaissance en 2003 avec une dame que j’ai cru célibataire (du moins elle se présentait ainsi et n’avait alors aucune vie conjugale apparente). Elle m’apprend quelques semaines après au téléphone qu’elle attend un enfant de moi. Passé l’étonnement, je prends aussitôt les précautions d’usage et légales (suivi de la grossesse avec échographies; assistance sanitaire, financière et matérielle à la mère; reconnaissance de l’enfant avant naissance à la Mairie…).

À mon grand étonnement quelques jours avant la date prévue pour la naissance, cette dame ne donne plus aucun signe de vie. Je vais apprendre après moult recherches qu’elle a effectivement accouché comme prévu d’une fille dans une clinique du département de la Saine Saint-Denis, mais dont le père serait un paysan français avec lequel elle s’était vraisemblablement marié pour accéder à la régularisation en France.

Placé devant un véritable déni de paternité, je me tourne devant le Tribunal de Grande Instance (TGI) de Bobigny pour déposer une plainte auprès du Juge des enfants. Celle-ci me revient sans suite, le mur de la filiation légitime (prêtée à ma fille) s’avérant infranchissable.

Il n’empêche en séjour à Paris en 2007, je relance mes recherches. Je suis alors informé de la mort subite en avril 2006 de la mère de ma fille. Je me tourne vers les institutions spécialisées à l’enfance abandonnée de la région parisienne, puis vers la Caisse d’Allocation Familiale (CAF)…et finit par être guidé vers la tante de ma fille installée dans le sud de la France. Les autorités judiciaires du département lui ont accordée la garde provisoire après le décès non élucidé de sa sœur.

Après les prises de contacts d’usage, je suis dirigé vers le TGI de Grasse, auprès duquel je me joins à l’action en reconnaissance de paternité pendante, déjà introduite par un monsieur qui revendiquait lui aussi la filiation biologique sur ma fille. Au bout d’une interminable procédure, nous sommes soumis à des tests biologiques qui vont conclure à ma paternité. Je renoue les contacts nécessaires avec la famille de Garde de ma fille à Gagnes-sur-Mer, leur rend visite durant l’été 2011. Nous convenons d’un retour maîtrisé et concerté de ma fille vers sa famille biologique. Dans l’attente du jugement de transfert de l’autorité parentale, elle viendra ainsi passer toutes les vacances scolaires à mon domicile à Paris.

Un chantage sans fin

Au bout du troisième séjour, je reçois à mon grand étonnement une lettre de l’avocat de la famille de garde m’informant que cette dernière a déposé un recours pour incident devant le Juge des enfants du TGI de Grasse, faisant état de la «perturbation» dont aurait été victime ma fille durant son dernier séjour à Paris. Désormais je devrais m’acquitter de frais d’entretien et d’habillement de l’enfant, nonobstant l’opposition ferme clairement exprimée par la famille de Garde de la voir transférée définitivement à son père au bout du processus judiciaire.

L’audience qui va se tenir en ce sens en novembre 2012 devant le TGI de Grasse, si elle déboute la famille de garde de toutes ses demandes et exigences de compensations financières, ne va curieusement pas ni confirmer ma paternité biologique, ni transférer l’autorité parentale. Elle va ainsi laisser la garde provisoire sur ma fille à des personnes qui semblent n’en faire qu’une source de revenu complémentaire, m’obligeant dans le même temps à recommencer de fond en comble une action en reconnaissance de paternité que je pensais terminée.

Je comprends d’autant la détresse des pères retranchés désespérément sur une grue à Nantes que j’ai parfois, comme eux, cette impression de me heurter à un véritable mur judiciaire infranchissable.

Je vous remercie

Joël Didier Engo

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