Le Cameroun, un modèle d’ensauvagement de la république en Afrique

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Niat Njifenji Marcel, President du Sénat, Cameroun
Photo: © Archives

Paul Biya seul sur terre: Cet homme est «Dieu», par BENJAMIN ZÉBAZÉ | Ouest Littoral

Je m’amuse beaucoup en auscultant les réactions de la presse dite privée ou indépendante du Cameroun (le quotidien « Le Messager » notamment), celles de certains de mes amis virtuels (de Facebook) et tant d’autres compatriotes depuis la « nomination » par Paul BIYA à la Présidence du Sénat d’un certain Niat Njifendji Marcel (79 ans), personnage tristement célèbre pour avoir méthodiquement dépouillé et mené la société nationale d’électricité (SONEL) à la faillite, avant sa reprise au rabais par le Groupe américain AES. Pour infiniment moins que cela, d’autres pontes du régime dictatorial de Paul BIYA croupissent dans ses univers concentrationnaires de Yaoundé ou de Douala.

J’y trouve surtout une réponse à la question récurrente qui m’est généralement posée par mes interlocuteurs étrangers: mais comment le Cameroun a-t-il pu être sous la botte d’un seul et même dictateur depuis 31 interminables années? Eh bien Paul BIYA a simplement habilement su exploiter et jouer du réflexe tribaliste ou de l’attachement de ses nombreux concitoyens à leur tribu d’origine qui; conjugué aux petites mesquineries alimentaires et aux faiblesses humaines…lui ont garanti un règne à vie sur le Cameroun.

Il sait ainsi qu’il saura éternellement compter, grâce aux nominations et autres promotions d’inspiration tribale, sur « la fidélité » indéfectible des représentants nationaux et des autres membres de leurs tribus. Voilà comment certains de mes amis et compatriotes bamilékés (originaires de l’Ouest Cameroun) qui, il y a encore quelques heures se présentaient volontiers comme «Les Victimes» de l’ostracisme tribal ou du tribalisme institutionnalisé à la tête de l’État du Cameroun … découvrent juste l’instant d’une parodie de vote au Sénat du Cameroun, des qualités de «Grand Homme, de Grand Rassembleur, de Grand Bâtisseur, Grand Visionnaire » à Paul BIYA… parce qu’il a nommé Niat Njifendji Marcel leur « digne » représentant tribal, à la tête de cette nouvelle institution (seconde personnalité dans l’ordre protocolaire, et surtout successeur temporaire en cas de vacance prolongée du Président de la République).

En réalité c’est l’idée même de Nation, telle qu’elle se conçoit dans les démocraties modernes, qui ne peut s’appliquer au Cameroun. En effet dans ce pays l’intérêt général obéit d’abord sinon uniquement à une répartition tribale du jeu institutionnel, quand il ne se réduit pas simplement à la somme des intérêts particuliers des représentants des tribus, tels qu’ils sont désignés et « nommés » par Paul BIYA; avec son lot de prébendes et de corruption endémique.

La Loi fondamentale et les beaux discours ne sont que de grossières constructions sémantiques, de vulgaires habillages à destination des interlocuteurs étrangers de la communauté dite internationale. Ils ont l’unique vocation de conférer un semblant de respectabilité à un véritable «ensauvagement» de la République.

La dangereuse logique de l’enfermement régionaliste et tribaliste

On s’en délecte au Quotidien :

– « Les ressortissants de l’Ouest célèbrent Niat Njifenji…Journal Le Messager, 18 Juin 2013

– Contrôle du Rdpc et du Senat:L’alternance se fera avec l’Ouest …Journal Les Nouvelles du Pays, 17 Juin 2013

– Religion: M. Niat Njifenji se confie à Dieu…Journal Le Jour, 17 Juin 2013

– La nomination de Niat était attendue… » Journal Le Jour, 17 Juin 2013

– Motions de soutien à l’Ouest, « Paul Biya candidat en 2018″….Journal Le Jour, 19 Juin 2013

Comme on dit trivialement au Cameroun, « Regardons seulement ! », sans surtout jamais rien dire qui puisse froisser nos amis de longue date et nos proches originaires de l’Ouest Cameroun; attiser la haine entre les différentes tribus, les communautés ethniques, voire les régions du Cameroun.

Précisément parce que le tribalisme étalé à longueur de journées dans une certaine presse dite indépendante de ce pays (Le quotidien Le Messager notamment) ou dans les quartiers et les villes du Cameroun, depuis la nomination par Paul BIYA de monsieur Niat Njifenji au poste de Président du Sénat, porte les gerbes d’une déflagration ethnique à laquelle le Cameroun ne survivrait pas.

L’alternance démocratique tant espérée et attendue au Cameroun, à une gérontocratie mafieuse, ne doit pas céder à cet enfermement régionaliste et tribaliste.

Je vous remercie

Joël Didier Engo

VIDEO: Journal Télévisé – CRTV – 12 Juin 2013 – Election du Bureau du Sénat

Afrique, élites et servitude : l’alliance entre la bourgeoisie d’Etat et le pouvoir traditionnel au sein du Sénat camerounais, par Thierry AMOUGOU, Macro économiste, Faculté de Sciences Economiques, Sociales et Politique, Université catholique de Louvain (UCL) & École doctorale thématique en études du développement, Belgique

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