Investitures politiques et Syndrome SOUMARÉ

Ali Soumaré.

Ali Soumaré. | (LP/PCO.)

Cher Ali Soumaré, quand comprendras-tu qu’il existe, y compris au sein du Parti Socialiste français (malgré les apparences et les discours convenus), des mandats politiques que certain(e)s « camarades » estiment devoir leur revenir d’office au motif qu’elles ou ils seraient « les plus représentatifs », car « français dits de souche », ou issus de groupe d’influence à forte connotation communautaire, auquel nombre d’entre-nous (hommes, noirs, hétérosexuels, et militants parfois de longue date du PS) ont souvent le tort, et l’unique tort, de ne pas appartenir.

Quand bien même nos Histoires et trajectoires respectives, en matière de discriminations notamment, auraient naturellement dû empêcher qu’un tel ostracisme politique nous soit systématiquement appliqué.

Mais bon, d’autres combats ô combien valorisants, épanouissants, et déterminants pour l’émancipation sociale, politique, et économique de millions d’humains… méritent et peuvent encore être menés; en dehors de ces cercles clientélistes, où l’on ne voit pas plus loin que le bout d’un siège d’élu local, régional, voire national (du moins des honneurs, des titres, ou des petits privilèges qui vont avec).

Au risque de voir « la posture de la victime » finir par rejaillir et nuire gravement sur toutes ces causes nobles.

Amitiés socialistes!

Voici ce que j’écrivais déjà sur le « Syndrome Soumaré » dans une tribune dans le Monde.fr du 24 février 2010. J’aurais dû étendre mon analyse à ma propre famille politique…Le Parti Socialiste français.

http://abonnes.lemonde.fr/idees/chronique/2010/02/24/syndrome-soumare-ou-le-mepris-d-une-droite-francaise-pour-le-modele-republicain-francais_1310555_3232.html

Mais de quoi ont-ils peur? Plus exactement de qui ont-ils peur? Ces notables UMP qui rivalisent dans le délit de faciès à l’encontre d’un candidat français et socialiste, devenu malgré lui l’homme à abattre dans le Val Oise…

Une certaine presse hexagonale a beau jeu de circonscrire, donc de réduire les accusations graves de «délinquant chevronné multirécidiviste» portées contre Ali SOUMARÉ… à la «méchanceté» propre à une classe politique en campagne électorale. Il n’en demeure pas moins que ces attaques personnelles se concentrent curieusement sur un même candidat socialiste aux régionales, qui a visiblement le principal tort pour ses détracteurs réactionnaires, d’être l’incarnation vivante de la double peine sociale en France : jeune homme noir issu de l’immigration africaine, vivant depuis l’âge de 8 ans à Villiers-le-Bel.

Qu’il serait plus simple de banaliser cet énième dérapage raciste dans les rangs de la droite française, en y voyant simplement la seconde nature d’une classe politique habituée à reléguer la diversité au rang «d’anomalie statistique». Pourtant fondamentalement, l’affaire SOUMARÉ exprime d’abord la terreur qu’exerce sur une certaine aristocratie politique l’ouverture à la diversité sociologique.

En effet nombre de notables politiques français tolèrent visiblement la diversité tant qu’elle s’arrête aux frontières de la politique et des présidences des grands groupes industriels ou financiers. Il peut même arriver, à l’instar de l’honorable Axel Poniatowski, qu’ils la plébiscitent aux États-Unis d’Amérique et continuent néanmoins de la pourfendre en France. Au point où une même personnalité politique peut avoir soutenu la candidature et l’investiture à la maison blanche de Barack OBAMA; puis voir automatiquement «Noir» en France, dès qu’un nommé Ali SOUMARÉ de Villiers-Lebel est investi tête de liste socialiste aux élections régionales dans le Val-d’Oise. Les vieux démons remontent alors naturellement à la surface: «SOUMARÉ joueur de réserve du PSG, SOUMARÉ délinquant chevronné multirécidiviste…».

Car pour Poniatowski, Delattre et les autres… leur adversaire socialiste Ali SOUMARÉ, du fait même de ses origines raciale et territoriale (issu de l’immigration africaine, vivant à Villiers-le-Bel) ne peut être, au mieux qu’un joueur professionnel de réserve de football, au pire qu’un délinquant de banlieue multirécidiviste… donc inapte à vie pour faire de la politique en France. Ce français socialiste ne saura donc jamais et d’aucune manière, se revendiquer une quelconque légitimité politique, puisqu’il n’est qu’un jeune (noir) délinquant de banlieue. Son casier judiciaire lui collera à la peau à vie.

A bien y penser, cette caricature du jeune (noir) de banlieue rassure une certaine classe politique.

Les clichés et préjugés racistes préexistent ainsi dans la droite française, et la frontière entre la terreur qu’elle voue à certains territoires de la République (les banlieues notamment) et l’horreur qu’elle applique à l’homme noir est souvent allégrement franchie. A croire que pour certains élus et hommes politiques de l’UMP, l’homme de couleur ne peut être qu’une caricature de l’homme politique en république, qu’un pur produit des réseaux mafieux et des tripatouillages électoraux dignes de la Françafrique. Le logiciel politique de la droite française semble s’être arrêtée à Ali Ben BONGO ; et Ali SOUMARÉ sera toujours une énigme pour Poniatowski, Delattre et les autres…

Plus gravement pour la noble démocratie française, il s’agit d’une politique de la peur appliquée systématiquement à l’homme noir en Afrique comme à Villers-Le-Bel. Il faut en effet envoyer un message subliminal à tous les autres jeunes de banlieue, issus de la diversité comme Ali SOUMARÉ : voilà ce qui vous arrivera aussi, si vous vous aventurez dans l’arène politique. Votre casier judiciaire sera déterré, votre vie deviendra un enfer… comme celle des opposants aux roitelets imposés par la même France politique en Afrique francophone. Alors restez-là où nous aimons bien vous voir, cantonnez-vous à dealer aux pieds des immeubles de vos ghettos… Car là est votre place, celle qu’une certaine classe politique (forcément compassionnelle) veut bien vous concéder.

A bien y réfléchir, Poniatowski, Delattre et les autres… ont un profond mépris à l’égard du modèle fraternel, laïque et égalitaire de la République française. Ils ne croient pas à l’ascenseur social et ont une profonde méfiance à l’égard de tous ces français issus de l’immigration africaine, parfaitement épanouis dans leur citoyenneté française. Ils devront pourtant s’y habituer.

Car la France réelle est une France métissée et plurielle, où nombre de français ne s’interrogent plus sur l’identité française de leurs voisins (noirs, arabes, catholiques, juifs ou musulmans)… Où les derniers n’éprouvent aucune gêne existentielle à revendiquer et à assumer leur culture française, en sont même fiers parfois, peuvent autant que Poniatowski, Delattre et les autres…être ou devenir les dignes représentants de la France.

La France présente en cela des similitudes frappantes avec les Etats-Unis d’Amérique, où une certaine classe politique (souvent conservatrice) s’est longtemps réfugiée sur l’abstention et le facteur racial aux élections, pour nier l’intégration des minorités (noires, latines, indiennes…) au modèle américain. Dans la patrie des droits de l’homme, Poniatowski, Delattre et les autres ne croient pas à la force d’immersion du modèle républicain chez les français issus de l’immigration africaine. Ils devront pourtant s’y résoudre, et le plus tôt sera le mieux.

Je vous remercie

Joël Didier Engo

Président de l’association «Nous Pas Bouger», candidat aux élections régionales sur la liste socialiste à Paris Île de France en 2010

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