Cameroun: L’indécence, forcément celle des Autres!

Par Combi Florian Ngimbis

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Ah! Mes frères! Quel drôle de pays que celui dans lequel nous vivons. Au commencement étaient les crevettes, les crevettes étaient dans le Wouri, les crevettes attirèrent les portugais. Dieu vit que cela était bon. Ainsi naquit le Cameroun.

Puis on eût les allemands, les anglais et les français. Ils vinrent, ils restèrent et puis partirent (ou presque).

Le diable jaloux, alla murmurer dans l’oreille de notre seigneur: «Seigneur regarde, dans un seul pays, ils ont le kouakoukou, le soya et ils auront Samuel Eto’o, fais quelque chose pour équilibrer les choses!». C’est ainsi que Dieu après le Grand Berger nous envoya le Roi Lion (Paul BIYA), il vint et il resta. Mais il ne vint pas seul, au fil des années ou des décennies il s’entoura d’une foule d’anges/démons censés être ses ministres mais dont on ne sait jamais s’ils servent le bien ou le mal.

La semaine dernière, on a appris par la très sainte Bible d’État, le quotidien «Cameroon Tribune» (le quotidien gouvernemental) que (07) sept anges de notre Roi avaient opéré une sortie médiatique aux frais de la maison de Dieu pour une conférence sur le thème: «Halte à l’indécence vestimentaire chez les jeunes filles», conférence insérée dans le cadre du lancement de la «campagne nationale de lutte contre l’indécence vestimentaire chez les jeunes filles».

Oh mes bien-aimés! Oh mes brebis! Indécence. Un mot un concept avec lequel je suis d’accord.

L’indécence a envahi ce pays. On la retrouve à tous les coins de rue, à tous les carrefours. Car de voir sept ministres de la république se réunir aux frais des deniers du culte, pour parler de mode et de vêtements, voilà l’indécence. Sept ministres parmi ceux dont les postes ministériels sont soit les plus amorphes soit les plus sujets à controverse trouvent néanmoins le temps de nous parler jupes et falbalas. Alléluia!

Ô Inquisiteurs! Ô protecteurs non mandatés de la morale, laissez-nous tranquille.

Sauvez-vous vous mêmes d’abord avant de penser à nous sauver.

Sauvez l’éducation nationale de l’indécence de ces taux de réussite au baccalauréat ajustés et réajustés pour faire de nos universités des réceptacles de cancres.

Sauvez la culture camerounaise madame la Ministre de la Culture, épargnez à nos yeux l’indécence de ces artistes clochardisés, de ces salles de cinéma inexistantes, de cette politique culturelle invisible.

Sauvez la femme camerounaise madame la Ministre de la promotion de la Femme et de la Famille (grande initiatrice de ce sabbat), cette femme qui meurt des suites de violences conjugales dont vous ne parlez pas beaucoup, cette fillette dont les viols incestueux demeurent tabous, cette gamine dont on «repasse» les seins, cette nubile qu’on excise encore dans le Septentrion de notre pays, voilà l’indécence à combattre.

 

C’est valable pour tous les autres. Pour la soixantaine de ministres de notre pays qui n’arrivent pas à gérer vingt malheureux millions d’habitants.

L’indécence c’est nos quartiers sans électricité. Nos pompes sans eau. Nos hôpitaux/mouroirs.

L’indécence c’est Jean Paul Akono (sélectionneur débarqué des Lions indomptables) mendiant son salaire et s’éteignant à petit feu dans l’indifférence générale.

L’indécence c’est la route Mvog Mbi-Mvog Atangana Mballa (quartier populaire de Yaoundé) bourbier malodorant que personne ne veut bitumer.

L’indécence c’est Yaoundé qui s’arrête parce qu’un seul homme passe (les cortèges présidentiels).

L’indécence c’est nos héros oubliés. Le père de notre indépendance, oublié, célébré chaque année par une bande d’irréductibles.

L’indécence c’est notre culture à la rue, nos artistes, talentueux, mais exilés car méconnus chez eux.

L’indécence c’est notre jeunesse qui en troupeau compact frappe aux portes de l’immigration.

L’indécence c’est de voir la population d’éléphants de tout un parc animalier, exterminée par des hordes de braconniers étrangers en toute quiétude.

L’indécence c’est notre forêt séculaire pillée. Ces grumes qui ne nous enrichiront jamais et qui s’en vont là bas, chez les autres.

L’indécence c’est nos frontières, poreuses à souhait, nos compatriotes tués, enlevés par la Séléka (rebelles centrafricains proches de l’actuel président de RCA), sans que les griots locaux daignent en parler.

L’indécence c’est notre sécurité sous-traitée via le colon d’hier, notre économie «APE-isée».

Contemplez l’indécence de ces milliers de camerounais qui meurent de paludisme dans le septentrion parce qu’on attend que d’autres viennent à coup de millions massacrer un misérable moustique.

Quelle forme d’indécence n’avez-vous pas constaté dans la société camerounaise au point de vous attarder sur la moins visible de toutes?

Laissez la femme camerounaise tranquille. Laissez-la nous montrer ses fesses, ses seins, ses reins, ses cuisses. Elle les a beaux. Encore plus beaux que vos défroques de voleurs, que vos mines de courtisans, vos dégaines hypocrites.

 

Hypocrisie

Hypocrisie d’hommes de Dieu concupiscents qui bénissent le démon politicien et crachent les flammes de l’enfer sur la femme qui ose se pointer à l’église en talons.

Hypocrisie du violeur qui prétend qu’il viole parce qu’on l’a tenté.

Hypocrisie de la société qui veut transformer un être humain en marchandisecessible de génération en génération

Hypocrisie, d’une classe politique qui n’arrive même pas à respecter une politique du genre que personne ne l’a forcé à établir.

Hypocrisie d’une masculinité qui ne s’assume pas. D’un peuple de couilles-molles qui se cache dans le troupeau pour draguer, derrière les convenances sociales pour aimer, derrière des conférences sans objets pour cacher son impuissance face aux vrais problèmes.

Ah mes frères! Moi Florian Ngimbis, quand je marche dans la vallée de Nlongkak (quartier de Yaoundé), je ne crains pas le soleil qui braise mon crâne, la rareté des taxis ne m’effraie pas car, la vision de toutes ces compatriotes aux cambrures fantastiques révélées par des jupes et des culottes au ras des fesses me rassure: pour le camerounais que je suis, la vie vaut la peine d’être vécue.

Quand je poireaute dans un taxi surchauffé et que les têtes des cinq occupants se retournent pour contempler la naissance des fesses d’une jolie gazelle qui exhibe son string sur le passage clouté, je me dis: ô seigneur! Regarde comme ils sont beaux les enfants d’un même père. Alléluia!

Oui, corbeaux inquisiteurs qui voulez nous ramener des siècles en arrière, sachez que les kaba ngondo (tenue vestimentaire) dont vous voulez affubler nos trésors ne sont pas d’origine africaine.

 

De quel puritanisme vous réclamez-vous? Salem c’était hier!

Si vous voulez faire vos intéressants avec ce concept d’indécence, arrêtez donc tous ces vendeurs de films porno, qui étalent impunément des images obscènes sur les trottoirs de notre centre ville, créez donc une police du pipi qui amendera tous ces pisseurs qui croient que touffe d’herbe et mur riment avec toilettes.

Laissez ma camerounaise tranquille, vous hommes et femmes de peu de foi. Ôtez-nous l’espoir, ôtez-nous la bouffe, laissez les nids de poule se multiplier, pillez les caisses de l’État, construisez des châteaux à vos concubines, mais laissez nous nos visions de corps à moitié nus, prémices d’un paradis à venir. C’est trop demander?

Ne dit-on pas que vox populi vox déi? Faites donc un référendum sur la question! Nous vivons dans un pays où l’espérance de vie dépasse rarement les cinquante ans. Laissez-nous profiter de la vie merde! C’est facile?

Tout ce que Dieu fait est bon. Il a créé ces jolis derrières, ces seins lourds et pointus, ces cuisses interminables, pourquoi les cacher? Pourquoi remettre en cause la Création?

Béni sois-tu Seigneur car, lorsque tu t’es reposé le septième jour, les chinois ont pris le relais et nous ont pondu ces délicieux vêtements qui dévoilent plus qu’ils ne cachent. On leur dit merci.

 

Je fais un rêve, qu’un jour, les camerounaises de toutes origines, kirdi,beti, bamiléké, bassa, sawa, bamoun, se promèneront ensemble en jeans taille basse, string au vent (ou pas) dans les rues éclairées de Mvog Ada, dans les ruelles goudronnées de Mbog Abang, je rêve de ce jour où elles feront des concours de t-shirt mouillés car il y aura de l’eau dans les robinets d’Efoulan (quartier de Yaoundé).

 

Messieurs et dames de l’Inquisition, chers Torquemada, taisez-vous. Le chemin de Damas, celui qui nous mène vers l’émergence en 2035 est long. Laissez-nous l’arpenter dans la joie et la bonne humeur. Laissez-nous nos illusions. Laissez nous notre indécence. Laissez-nous nos lianes camerounaises, habillées ou non.

Et si vous n’avez rien d’intéressant à dire, taisez-vous et faites comme nous, contemplez ces seins, ces fesses, ces cuisses, ces dos si beaux et qui vont, fiers, libres et nus.

 

Amen!

Sermon de Sango Pasto Florian Ngimbis.

 

Par Combi Florian Ngimbis

Source: Kamer Kongossa

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