Yes you did it more and better than we thought, Barack Obama!

 

Dans quelques années les enfants du monde entier apprendront dans les manuels d’histoire que le rêve de Martin Luther King a définitivement été rendu possible par un talentueux métisse du nom de Barack Obama (de mère blanche américaine et de père noir Kényan de confession musulmane), dans la continuité des sacrifices consentis dans la lutte des droits civiques par nombre de femmes et d’hommes de couleur de ce grand et beau pays que sont les États-Unis d’Amérique. 
Non seulement Barack Obama a su leur faire honneur. Il a rempli ses engagements comme rarement d’autres ne l’avaient fait avant lui, redonnant à tant d’enfants et petits enfants de couleur des raisons de croire en leurs rêves, et de ne plus jamais penser qu’ils ne sont pas à leur portée en Amérique à cause de leur origine raciale.

Merci Monsieur

Apprendre désormais à penser le monde sans les États-Unis d’Amérique, le défi que nous pose Donald Trump. Nous devrons et pouvons le relever

En effet pour la première fois certainement depuis 1945 nous sommes appelés à changer de paradigme dans les relations diplomatiques et économiques internationales: donner la priorité au reste du monde par rapport aux États-Unis d’Amérique, en parler le moins possible sinon pas, et envisager la prospérité mondiale indépendamment ou détachée du modèle et de la locomotive américaine.

Le défi est alléchant et largement à notre portée aujourd’hui.

Joël Didier Engo

Respect

Par Sandra Laugier, professeure de philosophie à l’université Paris-I Panthéon-Sorbonne — Libération  19 janvier 2017 

La volonté de Barack Obama de rendre chacun (l’adversaire compris) meilleur afin de l’être soi-même mérite d’être reconsidérée – quoi qu’on pense de son bilan.

On est tellement consterné de l’arrivée de Donald Trump à la présidence des Etats-Unis qu’on en oublie le plus triste : les adieux de Barack Obama, auxquels ce maître inégalé de la parole publique a su donner toute la solennité et la force d’espoir de son élection de 2008. «Four more years» («quatre ans de plus») scandait la foule à Chicago (retour aux sources) la semaine dernière, à quoi le Président a répondu par un message d’union, rappelant que le passage du pouvoir – peaceful transfer – d’un président au suivant est un fondement de la démocratie américaine. La très grande correction de son comportement avec Donald Trump, lequel de son côté avait multiplié les attaques racistes, lui réclamant son certificat de naissance, exprime cette volonté de toujours devenir meilleur, et la nation avec lui, et le monde ; et c’est la Terre entière qui est affectée de son inévitable départ, exactement et symétriquement comme son élection, alors, avait soulevé l’enthousiasme et l’espoir – pas seulement aux Etats-Unis.

Barack Obama président, cela signifiait que la plus importante fonction des Etats-Unis et (à l’époque) de la planète allait à un Noir, comme un premier rééquilibrage d’une injustice millénaire, globale et radicale, et spécifiquement une réparation de l’esclavage, qui avait déjà divisé l’Amérique si violemment dans son histoire. Le philosophe Stanley Cavell écrivait alors dans sa préface française de Qu’est-ce que la philosophie américaine ? : «L’extase : celle de réaliser ce fait solennel que ma nation, couturée d’immondes cicatrices mais pleine d’une aspiration folle, a élu un homme noir – cet homme noir – pour être son président. […] Pour moi (et pour tant d’autres), le sentiment que l’Amérique vit dans la malédiction et les vestiges de l’esclavage revient périodiquement m’envahir. La malédiction est désormais levée. Ce qui reste à présent est la tâche ordinaire, quotidienne, d’établir la justice, la liberté et la protection sociale, tout ce à quoi notre Constitution donne un nom, dans son appel initial et décisif à « une union plus parfaite ».»

Dans son dernier discours de Chicago, Barack Obama rappelle qu’il n’a jamais cru à une Amérique «postraciale» : «La race demeure un facteur puissant de division.» L’union est bien ce que Barack Obama continue à prôner, et ce qu’il a toujours fait, y compris dans une politique qu’il a voulue non clivante, refusant d’être le président des Noirs américains. Beaucoup lui en ont voulu de se contenter du symbole et d’avoir aussi bien pleuré les policiers blancs que les innombrables victimes de massacres racistes. Aux jeunes militants de Black Lives Matter qui ont refusé pour ces raisons de se rendre à son invitation à la Maison Blanche Barack Obama répondait il y a quelques mois, dans un discours à Howard University que l’autosatisfaction de la «pureté morale», la passion d’avoir raison, n’était pas un instrument de progrès. Dès le départ, il a cherché le compromis, évité de raciser sa présidence. Certes, c’était pour éviter un White backlash (un «retour de bâton blanc»), mais c’est bien ce qui arrive aujourd’hui. Mais surtout pour respecter et incarner cet idéal d’union, ne jamais nous priver, par «cynisme», de possibilités de progrès.

C’est du même esprit que relève la minisérie remarquable, tant cinématographiquement que politiquement, Inside Look: The People v. O.J. Simpson, American Crime Story, qui revient sur l’acquittement traumatique d’un sportif riche et célèbre par un jury revanchard, aidé par le racisme de la police et un système judiciaire tordu pour une fois cyniquement inversé en faveur d’un Noir. Récemment primée aux Golden Globes, cette œuvre a la force de mettre au jour les effets d’une rupture profonde, celle que Barack Obama a voulu commencer de réparer. A la fin de la série, l’adjoint de la procureure, Christopher Darden, accuse l’avocat de O.J. Simpson, Johnnie Cochran : rien n’aura changé pour les Noirs après le verdict. On retrouve un des acteurs noirs, Sterling K. Brown – il interprète Darden -, dans This Is Us (sur NBC et Canal +) qui présente dans une double temporalité narrative l’histoire d’une famille multiraciale (avec l’adoption d’un nouveau-né très noir dans une famille très blanche) travaillant à être ensemble sans déni des difficultés et injustices. C’est ce perfectionnisme du président sortant, cette volonté exprimée encore à Chicago de rendre chacun (y compris l’adversaire) meilleur, afin de l’être soi-même, de maintenir l’exigence morale et l’union, qu’on se doit de respecter – quoi qu’on pense de son bilan. La question est alors de savoir comment le respecter.

Lors de la cérémonie des Golden Globes, la star Meryl Streep a exprimé avec talent tout le dégoût, plus exactement la douleur qu’elle éprouve à l’idée de voir à la place du président quelqu’un qui s’est moqué d’un handicapé en l’imitant dans un discours politique. Nombreux sont les exemples de propos répugnants de Donald Trump, mais Meryl Streep a voulu indiquer, par ses larmes, à quel point ils atteignaient quelque chose de fondamental dans l’humanité – au-delà de sa proverbiale «vulgarité», de son programme égoïste destructeur de la planète, et de ses mensonges éhontés. Donald Trump s’en est pris aussi durant sa campagne à Khizr et Ghazala Khan, parents pakistano-américains d’un soldat mort en Irak ; il s’est moqué sur Twitter il y a quelques jours du député John Lewis, 76 ans, vétéran des luttes pour les droits civiques (John Lewis était à la marche de Selma il y a cinquante ans), qui a annoncé sa décision de boycotter la cérémonie d’investiture ce vendredi. C’est une façon de manifester son respect, mais aussi le nôtre à toutes et à tous, à Barack Obama.

Cette chronique est assurée en alternance par Sandra Laugier, Michaël Fœssel, Anne Dufourmantelle et Frédéric Worms.

Sandra Laugier professeure de philosophie à l’université Paris-I Panthéon-Sorbonne

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