Impunité Judiciaire, Gouvernance Tribale, et Faux Pouvoir Performatif au Cameroun / Judicial Impunity, Tribal Politics, and the Performative Power of the False in Cameroon

Impunité Judiciaire, Gouvernance Tribale, et Faux Pouvoir Performatif au Cameroun

MboutouLepoint

Par Olivier Tchouaffe, PhD Contributeur au CL2P et Joël Didier Engo Président du CL2P

Depuis quelques années, le CL2P dénonce, sous des menaces de toutes sortes, une épuration politique ciblant prioritairement de grands serviteurs de l’État au Cameroun, sous couvert d’une imposture de lutte contre la corruption. Celle-là même qui n’a curieusement jamais pu épingler le moindre proche parent ou protégé du président Paul Biya. Pourtant l’enrichissement ostentatoire avec les vastes propriétés et les acquisitions immobilières y compris jusqu’à la région parisienne, donne chaque jour une idée de l’immense fortune qu’ont pu illégalement amasser les membres du clan Biya, à l’instar des révélations contenues dans l’investigation menée par l’Hebdomadaire français LE POINT sur l’ancien ministre de la défense aujourd’hui ministre des transports, Edgar Alain Mebe Ngo’o.

À cet égard le silence assourdissant de l’inamovible président du Cameroun et de ses lanceurs de « Fatwa » tribale aurait de quoi surprendre. Justement pas tant que cela…Parce qu’il participe de l’impunité judiciaire générale qui régit cette gouvernance tribale, enrobée généralement par de fausses performances économiques et sociales.

Et pour comprendre davantage ce silence assourdissant, il est aussi important d’analyser les différentes articulations de la gouvernance tribale au Cameroun à travers la notion de la «politique du ventre» savamment décrite par le politologue Jean-François Bayart, avec le mantra que «la chèvre broute toujours là où elle est attachée» ou la pomme ne tombe jamais loin du pommier.

Cela exige également de cerner comment les Camerounais issus de la région du Sud sont présentés dans les médias de ce pays comme des membres de la famille (voulue élargie) présidentielle. Par conséquent, même les personnes qui n’ont pas de liens familiaux avec le président Biya sont d’emblée considérées comme ses proches parents. Ce type de propagande renseigne assez sur la gouvernance tribale du régime Biya, parce qu’elle exige et créé de facto une fidélité qui se doit d’être sans faille à un Président conçu et perçu d’abord comme celui de tous les ressortissants de cette région du Cameroun (où une seule voix ne doit pas lui manquer à chaque élection).

C’est là où, par exemple, il est important de rapprocher le despotisme légal et la gouvernance tribale. Car l’interaction entre ces deux notions permet de toucher du doigts le dilemme que vivent nombre de Camerounais d’origine méridionale. En effet si vous êtes ressortissant du sud Cameroun et que vous êtes un dissident du régime, vous êtes de facto un traître de votre tribu, de votre peuple fang-Beti, de votre régime en place, et de celui qui l’incarne Paul Biya.. De même si vous êtes incarcéré à cause de cette dissidence, cela prouve à merveille combien la justice camerounaise est un modèle d’impartialité et d’équité, le président étant capable d’incarcérer y compris un de ses propres frères.

Afin de mieux appréhender le dilemme dans lequel est plongé l’Homme du sud sous Paul Biya, il est tout aussi essentiel d’intégrer le rôle ingrat assigné à la performance dans la «Co-implication» ou corrélation permanente sous ce système totalitaire, entre le faux et la vérité. Dans ce Cameroun pour parvenir à la vérité, il faut nécessairement mesurer le pouvoir exorbitant exercé par le faux, et l’emprise démesurée que ce faux a sur la vérité. Au point où c’est la notion de mensonge qui rend la vérité, et donc la capacité de témoigner réellement possible.

En ce sens pour que la vérité soit enfin possible, le préalable serait de comprendre et d’admettre que tous les Camerounais ressortissants du Sud ne pensent nécessairement pas la même chose. De la même façon ils sont aussi capables de faire preuve d’intégrité personnelle. C’est la condition sine qua non à une prise de responsabilité à la fois individuelle et collective. Cette étape est aujourd’hui incontournable si nous voulons annihiler la pensée totalisante de la gouvernance tribale portée par des politiciens manipulateurs et corrompus, et leur soi-disante Justice du plus fort.

Car la loi du plus fort distillée en filigrane par le régime en place depuis 35 ans au Cameroun n’est aussi qu’une vaste supercherie permettant d’entretenir la terreur. Précisément parce qu’elle ne tient pas compte de la réalité suivant laquelle dans un pays comme le Cameroun, il n’y a pas une seule tribu qui soit plus forte que toutes les autres prises dans leur ensemble, au point de caresser l’illusion d’être en mesure surnaturellement de justifier l’injustifiable et de dominer toutes les autres pour toujours.

Olivier Tchouaffe, PhD Contributeur au CL2P et Joël Didier Engo Président du CL2P

MboutouMebe Ngo'o

English version 

Judicial Impunity, Tribal Politics, and the Performative Power of the False in Cameroon

By Olivier Tchouaffe, PhD Contributor to the CL2P and Joël Didier Engo President of the CL2P

For years, the CL2P has denounced, under threats of all sorts, the regime of Yaoundé’s political cleansing of the most important servants of the State, carried out under the guise of an imposture named Operation Sparrow Hawk (Epervier) in the name of fighting against corruption. However, none of the close relatives and other protégés of the president have been under investigation. Those include, the former minister of defense and actual minister of transportation and his vast wealth and recent acquisition of real estate in the Parisian region that his annual revenues cannot justify, according to a thorough investigation published in the French weekly Le Point.

The deafening silence of the irremovable president of Cameroon and his “Fatwa » launchers would be surprising. Not so much…

To understand this deafening silence, however, it is important to understand Cameroonian tribal politics and Jean-Francois Bayart’s notion of the “politics of the belly” with the mantra that “the goat always grazes where it is attached” or the apple does not come far from the tree. One also needs to understand how ordinary Cameroonians from the southern region are presented in Cameroonian media as members of the presidential family. Hence, even people who have no family ties to the president are considered to be his relatives. This kind of knowledge is important to tribal politics because it is de facto require and impose loyalty to any person coming from that area of the country. This is where, for example, it is important to understand legal despotism and tribal politics and this understanding highlight the dilemma being experienced by Cameroonians of southern origin. If you are from the south and dissent from the president, you are de facto a traitor to your people. If you happen to be incarcerated from that dissent, he also proves that Cameroonian justice is impartial and fair since the president is willing to incarcerate one of his own.

To grasp this dilemma, moreover, there is the necessity to understand performance and the role that performance act plays in the co-implication between falsity and the truth.

To get to the truth, one has to understand the power of the false and the co-implication of falsity and the truth. Particularly, how it is the notion of lies that makes the truth and render the capacity to testify possible. As such, for the truth to be possible, one has to be able to understand that not all Cameroonians of southern origin think alike and that is a prerequisite for a true politics of self-accounting and responsibility. This knowledge is important to complicate the totalizing thought of tribal politics exploited by manipulative and corrupt politicians and the so-called law of the most powerful. The law of the most powerful is also a fiction because it does not take into account the notion that in a country such as Cameroon, there is no one tribe that are more powerful than the others taken together and therefore, the futility to justify the unjustifiable.

Olivier Tchouaffe, PhD Contributor to the CL2P and Joël Didier Engo President of the CL2P

cl2p

The Commitee for the Release of Political Prisoners (CL2P) – http://www.cl2p.org

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